Vous avez des «badges» sur Foursquare ou vous êtes le maire de votre café préféré? Votre score Klout a-t-il franchi la barre psychologique des 50 points et avez-vous accumulé quelques «perks» ? Quel est votre niveau de réputation sur StackOverflow et quels badges vous a-t-on attribués? Bienvenue dans le merveilleux monde la «gamification»!
Si vous consultez les classements d’applications les plus populaires sur l’App Store, qu’elles soient gratuites ou payantes, le haut du palmarès est généralement occupé par des jeux. Idem dans l’univers Android sur Google Play. Similaire dans la boutique Windows Store.
Les gens aiment jouer. D’après l’Association canadienne du logiciel de divertissement, 58% des Canadiens sont des joueurs (certains diraient des gamers…), une proportion qui atteint 90% chez les 6 à 17 ans.
Un marché global de 111 milliards de dollars en 2015 prévoyait Gartner. Pas étonnant que le jeu finisse par influencer différents services et stratégies.
L’intégration des techniques de jeu ou des mécanismes liés à des jeux en atteignant de meilleurs scores et en offrant des avantages liés à des étapes, comme des armes plus évoluées ou des options de personnalisation exclusives, est un phénomène baptisé ludification et dont vous avez sans doute entendu l’équivalent anglais, gamification, souvent prononcé à la française.
En atteignant un certain score Klout (à vous de vous fixer un objectif…!), vous avez l’impression d’avoir un rayonnement plus grand, une importance plus grande, une meilleure réputation sur les réseaux sociaux.
Vous pouvez d’ailleurs afficher votre score avec fierté en l’intégrant sur votre blogue, par exemple (oui oui, je l’ai fait…). Votre ego s’en trouvera flatté si un 47 vous satisfait, mais n’en faites pas une dépression si vous n’avez pas encore atteint le 50 ou le 75! Vous pourrez vous consoler avec les cartes professionnelles gratuites offertes par moo.com parce que Klout a décidé de vous encourager en vous offrant cet avantage (…perk).
L’utilisation de ces techniques vise un objectif précis: vous faire adopter certains comportements qui correspondent aux indicateurs de succès du service. Plus vous vous enregistrez en des lieux différents ou spécifiques (faire des check-ins…) sur Foursquare, plus vous aurez de chances de devenir le maire de l’endroit (je suis le maire du Réseau ACTIONction TI… hé hé !). Vous pourrez aussi accumuler des insignes (badges) parce que vous prenez de nombreuses photos, que vous vous êtes enregistré trois3 fois ou plus au même endroit dans la même semaine, etc.
On s’imagine un peu la somme d’information sur vos comportements de consommateur que Foursquare accumule. Après le théâtre, il prend un verre à tel bistro. Avant le hockey, il mange à cet endroit. Il travaille ici, il dort là, il voyage là-bas. Même anonymisées, ces informations documentent abondamment le segment de marché auquel j’appartiens. Et nous partageons ces informations allégrement pour obtenir des insignes et une mairie. Reste à savoir si Foursquare en tire vraiment profit, malgré la gratuité du service. Rappelez-vous le dicton: si le service est gratuit, c’est que VOUS êtes le produit…
Heureusement, il y a d’autres types d’applications qui intègrent des techniques de ludification qui visent à récompenser l’apprentissage, la pertinence ou l’utilité des contributions. C’est un peu ce que vise StackOverflow, par exemple, avec ses insignes et son score ou encore Quora avec son système de votation.
Et vous, utilisez-vous des techniques de jeu dans la conception de vos produits et services?
Note de la rédaction
Lorsqu’il est question de technologies de l’information, nombre d’expressions sont d’abord créées en anglais et l’emploi de mots français pour décrire de nouvelles tendances, de nouveaux appareils ou de nouvelles réalités est souvent à la remorque de la langue d’origine. Dans une vie précédente, comme journaliste en TI pendant 20 ans, j’ai souvent été confronté au défi de trouver des expressions françaises pour des technologies inventées en anglais. Cette chronique est ma contribution à la discussion visant à favoriser l’usage d’expressions françaises en TI.
(Note: ce billet a d’abord été publié sur mon blogue au Réseau Action TI – le 19 juin 2014)