Techno tous azimuts


J’ai décidé de publier ce billet aujourd’hui, comme un préambule à mon analyse du Plan d’action en économie numérique présenté récemment par le gouvernement du Québec.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai quitté une association de professionnels en TI pour retourner dans le domaine des communications. (Voir ce billet). Un des éléments qui me manquaient était le temps d’écrire des opinions ou des analyses personnelles à propos de sujets qui m’intéressent. Quelques mois plus tard, j’ai repris le clavier pour commencer à écrire le billet ci-dessous que j’ai conservé dans mes cartons pour le laisser évoluer.


J’ai souvent parlé et entendu parler de l’industrie informatique. J’en ai été un observateur pendant une vingtaine d’années. Et une forme de porte-parole pendant un autre cinq ans.

Aujourd’hui, je crois que l’expression «industrie informatique» est dépassée. Et je ne dis pas ça pour la remplacer par «industrie des technologies de l’information», expression que j’avais adoptée au milieu des années 1990 comme slogan du magazine que je dirigeais alors. Mon propos ici ne vise pas non plus à discuter de la pertinence de rebaptiser l’industrie des TI pour la nommer «l’industrie du numérique».

En fait, je crois que c’est la volonté de regrouper tout ce qui touche de près ou de loin à l’informatique, aux TI, aux TIC ou au numérique en une seule et même industrie qu’il faut repenser. Il ne s’agit pas d’un tout homogène.

L’industrie des TI (utilisons cette expression pour que ce soit plus simple) n’est pas comme l’industrie de l’aéronautique ou du pharmaceutique.

L’industrie de l’aéronautique est composée des entreprises qui fournissent des produits et services dans le domaine de l’aéronautique à des entreprises bien précises d’un marché relativement bien identifiable.

Il y a peu ou pas d’ingénieur en aéronautique qui travaille dans les banques ou les municipalités. Il y a peu ou pas de technicien en aéronautique à l’emploi des détaillants en alimentation ou des concessionnaires automobiles.

L’écosystème de l’aéronautique est un cercle relativement fermé. Le périmètre de la profession et celui de l’industrie sont assez bien superposés.

Dans le monde des TI, la perspective est différente. J’ai souvent affirmé que l’on pouvait distinguer deux axes pour définir «l’industrie des TI». Il y a sa composante verticale, les fournisseurs des produits et services en TI, et sa composante horizontale, les professionnels en TI.

Contrairement à l’industrie de l’aéronautique, ce ne sont pas tous les professionnels de la discipline qui travaillent dans les entreprises du secteur. En TI, les professionnels des TI n’œuvrent pas tous chez les fournisseurs de produits et services en TI. En fait, près de la moitié des professionnels des TI travaillent dans une industrie autre que celle des TI. (Voir ici les données tirées du récent profil de l’industrie préparé par TechnoCompétences)

Il y a des professionnels des TI dans les banques et les compagnies d’assurances. Dans les municipalités et chez les détaillants en alimentation. Chez les fabricants d’automobiles et leurs distributeurs.

En fait, il y a des professionnels des TI dans toutes les entreprises, sauf peut-être dans les plus petites PME et même là, il y a généralement quelqu’un qui est responsable des TI sans nécessairement en avoir le titre, parmi d’autres tâches, et c’est peut-être le dirigeant de l’entreprise.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes compétences qui sont requises ou sollicitées partout, dans toutes les organisations. Mais un spécialiste JavaScript dans une banque, un ministère ou une firme-conseil en TI, ça reste un spécialiste JavaScript. Un programmeur en C#, peu importe où il travaille, il écrit du code.

Une compétence transversale?

Par ailleurs, le niveau de compréhension et de compétence en technologies que l’on demande au travailleur moyen augmente au même rythme que se répandent au sein des organisations les outils de collaboration et de gestion d’information numérique, de services en ligne et autres technologies web. Le travailleur moyen ne programme pas, mais il utilise de plus en plus des technologies d’une complexité croissante s’il veut maximiser l’efficacité et l’impact de son travail.

Ce qui me fait dire qu’il y a non seulement le vertical TI (les entreprises de l’industrie TI), l’horizontal TI (les professionnels en TI), mais désormais aussi le «transversal TI», alors que de plus en plus d’employés non-TI doivent développer des compétences associées aux TI, à divers niveaux. Ce ne sont pas des informaticiens, mais ils doivent saisir le fonctionnement des TI pour les appliquer dans leur quotidien, comprendre, prioriser et gérer des projets, associer une vision du développement d’une organisation au potentiel des technologies.

Voilà. La table est mise, c’est ainsi que je perçois la dynamique de «l’industrie des TI» au temps présent. Un peu comme les définitions dans les premières pages d’une loi ou les pages liminaires d’une directive, histoire de s’entendre sur les tenants et les aboutissants du sujet dont on parle, avant d’aller plus loin.

Je ne vous cacherai pas que mon intention première était de poser un regard critique des différentes associations de l’écosystème TI sur la base de ce cadre d’analyse. J’y reviendrai sans doute un jour.

Mais d’ici là, je crois que ce cadre me sera pertinent au moment de décortiquer ce fameux Plan d’action en économie numérique.

À suivre.

(photo : iStock.com/Henrik5000)

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