Alors que tout le monde se réjouit de cette «première» stratégie numérique au Québec, j’ai l’impression de casser le party en disant qu’on vient d’assister à un exercice, qui est somme toute encore assez flou, de lancement d’un énoncé d’objectifs pour une stratégie numérique.
Il faut dire qu’elle était attendue cette stratégie. Sauf erreur, on en parlait déjà au temps de Jean Charest et j’ai en mémoire une série de consultations sur cette stratégie à l’époque du (bref) gouvernement Marois. Le premier ministre Couillard en parlait en début de mandat. En somme, je crois que ça doit bien faire autour de 8 ou 10 ans qu’on la souhaite, qu’on l’anticipe, qu’on la prépare cette stratégie.
Dans les faits, on a très peu de détails sur les mesures concrètes de cette stratégie qui ne seront annoncées, finalement, que l’an prochain, pas si longtemps avant les élections.
Voici quelques éléments (choisis) que l’on retrouve dans la stratégie et qui font partie des 8 actions structurantes.
«le Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur sera dévoilé prochainement»
«Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) fera part des actions qui seront mises en œuvre pour réaliser l’objectif 2.2 de la Stratégie numérique portant sur le développement des compétences numériques de la main-d’œuvre dans le cadre de la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre, qui devrait être dévoilée au printemps 2018.»
«La Stratégie pour une administration publique numérique (Stratégie APN) sera dévoilée prochainement.»
«Le gouvernement du Québec appuiera le virage numérique des municipalités. Les moyens à mettre en place ainsi que les modalités de l’appui seront annoncés par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) au cours de l’année 2018.»
«Un premier ensemble de services numériques de santé sera offert prochainement aux citoyens.»
«… le ministère de la Culture et des Communications, en collaboration avec ses sociétés d’État, rendra publics, à compter de 2017–2018, les premiers éléments d’un plan d’action sur les données qui accompagnent les contenus culturels numériques québécois.»
On n’aura pas eu beaucoup de temps pour voir se concrétiser les dites mesures, encore moins de commencer à en voir le début d’un impact, avant de sanctionner ou non ce gouvernement. Peut-être que cette stratégie, et les éléments qui la composent seront au cœur de la prochaine campagne électorale?
On a parlé de 1,5 milliard de dollars sur 5 ans, dont 500 millions ont déjà été annoncés, ce qui nous ramène à 1 milliard d’argent frais sur 5 ans ou 200 millions par année. Il faudra voir si l’enveloppe est à la hauteur, parce que la liste des objectifs à atteindre dans cette politique est assez ambitieuse.
J’aimerais avoir le temps de comparer ces objectifs avec ceux de la Politique de l’autoroute de l’information de 1998 ou du rapport Gautrin sur le gouvernement en ligne de 2004… On rappelait aussi à ma mémoire le rapport Berlinguet (Inforoute Québec, 1995) qui a mené à la Politique de 1998. On est dans les mêmes registres, et je suis loin d’être certain qu’on vient de révolutionner le monde (svp qu’on arrête de dire que c’est la première politique en la matière…)
Il y a peut-être aujourd’hui l’aspect de la mobilisation et de la cocréation, qui n’étaient pas (aussi?) présents en 1998, ce qui est déjà ça de pris. Et une plus grande prise de conscience des entreprises et des organisations, à commencer par le gouvernement lui-même, de l’importance des enjeux du numérique.
Le diable est dans les détails et c’est l’exécution qui nous dira où ça nous mènera. J’espère que ça nous mènera loin en avant. J’ai bien hâte de voir les mesures concrètes qui seront annoncées en 2018. En espérant qu’il s’agira d’un tout cohérent et qu’on pourra bénéficier d’un processus de mise en oeuvre à haute vitesse… Parce qu’à l’ère numérique, le temps passe vite.