Huit réponses à huit questions sur le numérique

Y a-t-il de la lumière au bout du tunnel?

Yves Williams, Clément Laberge et Martine Rioux ont parti le bal en posant des questions pertinentes sur le numérique aux partis politiques. Quelques-uns se sont risqué à y répondre, certains candidats l’ont fait (aux dernières nouvelles, comme le souligne Clément Laberge à la fin de ce billet…) et d’autres se font encore attendre.

Interpellé par Yves sur Facebook, j’ai pris le clavier pour y répondre. Sans plus de présentation, voici donc ce que j’en pense.

A- INNOVATION

On revient souvent à discuter de cas comme Uber, AirBnb, ou quoi encore. Je me demande à quel point on peut qualifier ces plateformes d’innovation. Les questions qui se posent sont beaucoup plus au niveau de notre encadrement légal qui est une conséquence de nos choix de société.

Dans le cas d’Uber, c’est plus l’encadrement ou la dynamique de l’industrie du taxi qui est remise en question. Cette remise en question est peut-être amenée sur la table par la technologie, une app mobile.

La question est de savoir si on doit autoriser quelque chose simplement parce que la technologie le permet et qu’une « génération » (ou un sous-ensemble de la société, ce n’est pas vraiment une question d’âge) en est friande si ce quelque chose transgresse ouvertement nos lois et nos règlements.

Sommes-nous d’accord ou non de revisiter nos lois, nos principes et nos règles de vie en société, tout ça parce qu’une app est disponible.

Il faut faire des choix qui sont en accord avec nos valeurs. Si nos valeurs sont totalement envers le libre marché, alors enlevons toutes règles et laissons libre cours à la concurrence sauvage dans tous les domaines que nous le désirons.

Or, dans la société québécoise, j’ai l’impression que nous avons une petite réserve à cet égard et que nous sommes à peu près d’accord sur un certain contrôle ou le respect de certaines règles.

Ceci s’applique, par exemple, à la possibilité de faire appel à un service de transport en toute sécurité, tant au niveau du véhicule lui-même que de la confiance envers le prestataire de service. Tout en sachant que le prestataire de service peut honnêtement gagner sa vie pour assurer sa subsistance. Ça aussi c’est une question à débattre.

Si on confie à l’État ou à ses mandataires la responsabilité de nous donner ces assurances, cela va nécessairement se traduire par un encadrement, des règlements, des tarifs, etc. Je ne crois pas tellement à l’autoréglementation des industries. Les intérêts des parties prenantes sont trop divergents.

Est-ce nous sommes toujours en accord avec le cadre ou les règlements qui sont en vigueur? Peut-être que oui, peut-être que non. C’est plutôt dans ce sens-là qu’il faut amener la discussion. La discussion n’est pas si technologique que ça.

Il faut avoir le courage d’en discuter et de prendre les décisions qui s’imposent dans les circonstances. Il faudra aussi remonter à la source et peut-être se rappeler quel est le contexte qui nous a amenés à l’origine à prendre des décisions qui ont débouché sur des règles, des lois, des règlements qui encadrent certaines industries.

La logique du modèle d’affaires économique ne doit pas prévaloir juste parce que celui-ci existe, rendu possible par les technologies. Et l’attrait de payer le moins possible pour un service n’est pas la seule considération qu’on doit avoir. Si égoïstement, le fait de payer moins cher nous donne l’impression de gagner quelque chose, est-ce qu’on ne fragilise pas la situation d’un autre être humain quelque part? On devrait peut-être se poser la question de qui profite vraiment de cette économie? Qui en souffre?

AirBnB, c’est encore dans les manières de contourner des lois et des règlements que ça fait mal. Ce n’est plus vous ou moi qui rendons une chambre disponible à l’occasion, c’est une industrie touristique parallèle. Ce n’est pas un problème technologique, c’est un problème de planification et de gestion urbaine. On sent des effets négatifs à Lisbonne, Barcelone et certainement ailleurs. Ce n’est pas uniquement uniquement lié à l’effet AirBnB, mais ça y participe.

Ceci dit, en pleine campagne électorale, on se rend bien compte que ce ne sont pas les réflexions globales sur des principes et des contrats sociaux qui prennent toute la place. Au risque de caricaturer, on préfère en général distribuer des petites promesses à gauche et à droite, à chaque segment de clientèle. (Il y a tout un éditorial à écrire sur ce seul sujet…)

En fait, réfléchir à l’innovation dans une société et la soutenir, c’est tellement autre chose que ça.

Est-ce que j’ai confiance que le prochain gouvernement soit un peu plus visionnaire en termes d’innovation, en particulier celles qui sont liées ou induites par la technologie? Et en matière de rapidité à encadrer (ou réviser les cadres) ce que les technologies remettent en question?

#pastellement

B- STRATÉGIE NUMÉRIQUE ET ADMINISTRATION PUBLIQUE

Seigneur, on parle encore de ça. D’ailleurs en introduction Yves nous ramène en 1995 à ce qu’on appelait alors la stratégie (ou politique) de l’autoroute de l’information, avec un secrétariat à l’autoroute qui aurait pu devenir, qui sait, un ministère du numérique.

C’était à peu près l’époque où on écrivait les premiers articles dans nos publications spécialisées expliquant à nos lecteurs ce que l’Internet et le Web allaient changer. En les conjurant de s’y préparer en conséquence. En avertissant que « la game allait changer ».

Quasiment 25 ans se sont écoulés. Et bien, grande nouvelle : on avait raison, la game a changé.

Est-ce que nos gouvernements ont suivi? On sait tous que les grandes organisations sont lentes à bouger, mais là, on bat des records. Imaginez si les banques étaient aussi lentes, on serait encore en file (et pas en ligne!) au comptoir pour encaisser notre chèque de paie. On serait loin de l’application mobile pour faire des virements de personne à personne ou du paiement par puce NFC interposée sur nos téléphones.

Je me souviens encore d’un de mes premiers articles sur le dossier médical électronique traitait de la carte soleil à puce qui était à l’essai à Rimouski, autour de 1988 ou 1989. En 2018, entre un GMF et un hôpital pourtant juxtaposés et communiquant physiquement, il faut encore demander un transfert de dossier papier, avec 24 ou 48 heures de délai… Alors que la banque peut m’autoriser un prêt presque instantanément en accédant en quelques secondes à mon score de crédit, lequel est fourni par un tiers.

J’ai probablement usé de toutes les suggestions et de toutes les propositions dans des éditoriaux, des commentaires ou des articles passés. Je ne sais plus trop quoi avancer pour qu’on avance rapidement.

Le numérique, c’est comme le développement durable. Ça concerne tout le monde, dans toutes les directions. Il faut simplement en prendre conscience et s’en imprégner. Il faut aussi laisser venir le changement par le bas. Quand ça vient trop par le haut, quand on choisit de réinventer la roue, ça peut nous donner de beaux Phénix. Ou des Gires. (Je sais je tourne les coins ronds, mais vous comprenez ce que je veux dire.)

On a besoin d’un commando de choc qui se promènerait de ministère en organisme gouvernemental, qui choisirait les processus les plus lents ou les plus susceptibles d’être numérisés et qui les numériseraient. Comme le changement d’adresse à l’époque.

On pourrait appeler ce commando le secrétariat à l’autoroute de l’information, tiens!

Mais pas un ministère du numérique. C’était peut-être intéressant il y a 20 ou 25 ans, quand il fallait en faire la promotion. Mais aujourd’hui, je suis contre l’idée d’enfermer le numérique dans un silo ministériel. C’est opérationnel. C’est dans le tissu transversal que ça doit s’implanter, pas autrement. C’est un peu comme si on avait créé un ministère du Formulaire à une autre époque.

Est-ce que ça va changer après les élections, peu importe qui sera élu? Vous vous souvenez de l’époque de la réingénierie de l’état? Est-ce que les choses ont beaucoup changé depuis?

#pastellement

C- ACCÈS À L’INFORMATION

Il fut une époque où le Québec était un exemple en matière d’accès à l’information. Mais notre administration publique semble être devenue une organisation contre laquelle il faut se battre pour avoir accès au résultat de ce pour quoi nous payons avec nos taxes et nos impôts. Ça ne touche peut-être pas le gouvernement provincial et les élections en cours, mais rappelons-nous à titre de cas de figure l’interminable saga des billets vendus ou donnés de la formule électrique. Est-ce qu’on l’a eu l’information finalement? Oui, je sais, on a fini par l’avoir, mais on se souvient beaucoup plus de l’épopée à poser la question que de la réponse elle-même.

Mais la transparence est à géométrie variable. On est prêt à être transparent tant qu’il n’y a pas de conséquences politiques appréhendées, des questions ou des remises en questions. Et encore. Ce qui nous porte à nous demander au service de qui l’administration travaille. L’obscurantisme sème le doute. Qu’est-ce qu’on essaie de nous cacher?

À mon sens, les données ouvertes sont dans le même panier que l’accès à l’information plus traditionnel. Ce n’est qu’une question de format d’information.

Les logiciels libres font-ils partie du même débat? Je n’en suis pas persuadé. Ce commentaire a été écrit avec Libre Office et j’aurais tout aussi bien pu l’écrire avec Google Docs. Ou Word. Ou n’importe quoi. Le débat n’est sans doute pas au niveau de la plateforme d’applications bureautiques. À cet égard, toutes ces plateformes sont pratiquement identiques au niveau des fonctionnalités. Le reste est une question de prix, de considérations techniques, de résistance au changement et de choix personnels.

J’ai quelques fois l’impression qu’il y a des joueurs du monde des technologies qui font du lobby pour les logiciels libres parce que ça fait bien leur affaire (et leur chiffre d’affaires).

C’est clair que je crois qu’une organisation publique doit s’interroger sur la meilleure manière de remplir sa mission efficacement au meilleur coût possible, et le coût d’acquisition d’une solution logicielle qui soutient cette mission doit faire partie de l’équation. Et on se doit d’être transparent à ce sujet, oui, là on rejoint peut-être la notion d’accès à l’information.

Cependant, le coût d’acquisition n’est qu’un élément de l’équation. Vous vous souvenez de la notion de coût total de propriété? Ceci dit, même (surtout?) dans le cas des suites bureautiques, lesquelles sont assez stables et matures, il faut que les logiciels libres fassent partie des solutions considérées.

Dans le monde des entreprises, l’utilisation de certaines solutions peut donner un avantage concurrentiel qui permettra de gagner des parts de marché. L’efficacité d’une application de gestion logistique. La performance d’un système d’analyse des données massives pour identifier les tendances. On pourrait faire une longue liste des applications et systèmes stratégiques d’une organisation. Le choix de la solution la plus performante, celle qui procure l’avantage, celle qui colle le mieux à la stratégie, n’est pas nécessairement une solution libre. Le coût total devient alors partie de l’équation du rendement sur investissement. Et en plus, ce n’est pas l’argent des citoyens.

Est-ce que cette dynamique se transpose dans le monde des services gouvernementaux? Est-ce que la manière de gérer le bulletin scolaire/les achats d’équipements/le dossier médical/etc. nécessite une solution différente en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick? Je ne crois pas (bien que je n’ai aucune idée de ce qu’on utilise pour gérer le dossier scolaire et le reste dans les différentes provinces du Canada). Est-ce qu’il y a de la concurrence entre les provinces à cet égard? Est-ce qu’elles ne devraient pas travailler ensemble pour se partager des solutions libres pour remplir leur mission?

Est-ce que je suis optimiste qu’un prochain gouvernement changera son approche à cet égard?

#pastellement

D- COMMERCE EN LIGNE

J’ai déjà commenté un peu ce sujet dans le billet de CFD. Il y a dans ça toute une question de réseau de distribution. On ne réinventera pas Amazon, ni Facebook, ni Netflix en version québécoise. Il est un peu trop tard pour ça.

Mais utilisons-les au maximum, dans la mesure où les plateformes existantes peuvent répondre à nos besoins. On ne peut certainement pas s’attendre à ce que tous les artisans et tous les commerces locaux se créent une boutique en ligne autonome. Dans bien des cas, une boutique dans une plateforme existante sera une bien meilleure solution. Et si c’est utile et pertinent, un simple site web comme un point de présence, comme une carte de visite conçue pour apparaître dans les recherches.

Il y a des services et des achats de proximité. Acheter son épicerie en ligne fonctionne mieux chez IGA par chez nous que chez Amazon. Les pâtes fraîches du jour chez le petit détaillant artisanal pas loin de chez nous. Les matériaux pour construire une étagère sont plus simples à acheter chez le quincaillier du coin. Le comportement du consommateur est ce qu’il faut prendre en considération dans la problématique du commerce en ligne.

Il faut aussi que les règles du commerce soient appliquées équitablement à tous les joueurs. Sinon, le modèle économique revient à une forme d’évasion fiscale et de contournement des lois. Si ça prend de la coordination internationale, n’y a-t-il pas des organismes pour ça?

Mais arrêtons aussi de croire que tout a été « disrupté » par Amazon. C’est toujours du commerce. Steven Sinofsky a un point de vue intéressant sur ce sujet à lire ici.(Pour ceux qui ne le connaissent pas, Steven Sinofsky est l’ex-président de la division Windows de Microsoft.)

Par contre, je suis assez favorable à trouver des manières d’augmenter le niveau de connaissance des entrepreneurs, des artisans et autres commerçants à l’égard des solutions de commerce en ligne. Tout comme ils et elles devraient connaître la comptabilité et les règles fiscales. Le marketing et la gestion des ressources humaines.

On ne peut pas le faire à leur place. On peut favoriser l’apprentissage, avec des programmes courts et spécialisés. Ou mutualiser des ressources à cet égard. Est-ce que ça peut faire partie de la mission du gouvernement de soutenir les entreprises à se développer, par la formation? Oui. De créer les places de marché? Non.

Est-ce que je pense qu’on va avancer plus vite dans ce domaine après les élections?

#pastellement

E- CULTURE

Le numérique est-il une menace ou opportunité? Clairement les deux : c’est une autoroute à deux voies. On a autant accès à la planète pour proposer notre contenu que pour accéder à celui des autres.

Idem que pour Amazon en commerce électronique, servons-nous des réseaux de distribution (comme Netflix), si c’est possible. Je pense que Tou.tv est une belle plateforme qui a du potentiel et qui a sa place, surtout depuis qu’on peut y trouver du contenu de plusieurs chaînes, mais dépêchons-nous d’étendre massivement la sélection de contenu, sinon on risque d’être dépassé. Comprenons que la tendance actuelle au niveau du comportement du consommateur est d’accéder à du contenu à la demande, avec le moins d’irritants possibles.

Exemple en passant — je constate qu’au moins un musée montréalais propose l’audio guide de son exposition vedette dans son app mobile (moyennant des frais) — génial! Tant de son point de vue que du mien.

Tout comme j’avais aimé le Musée d’Orsay sur CD-ROM jadis, je serais du genre à visiter une exposition virtuelle que je pourrais « caster » sur mon téléviseur avec une trame commentée ou non. Oui, je serais prêt à payer pour. Et j’espère que mon musée pourrait m’offrir ce genre d’exposition. Peut-être même éventuellement en visite immersive avec un casque de réalité virtuelle.

Et j’irais certainement voir sur place une expo de Rodin ou de Corno, tout comme une pièce de théâtre. Parce que j’aime ressentir l’émotion que ces oeuvres dégagent.

Il y a divers publics pour diverses formes de présentation. Et ça peut dépendre du temps qu’on a à accorder. Et des fois une forme nous attire vers l’autre. On ne peut, ni ne doit, rien négliger. Il faut suivre et mesure par contre, pour voir comment les choses évoluent et réviser ses choix. Abandonner des plateformes si c’est périmé.

En tant que citoyen, on a des devoirs aussi. Des œuvres culturelles, ça se paye. Le théâtre, les expositions, la musique, la danse, les arts visuels, ce n’est pas gratuit et c’est nécessaire. Il faut s’y initier et y prendre goût. Et si on l’apprécie, on paie pour, on contribue, on fait notre part.

Il faut saisir les occasions que les technologies offrent au monde culturel et oui, il est nécessaire d’en supporter le développement avec des crédits d’impôt. Tout comme on soutient le démarrage d’entreprise. Nous sommes dans un monde où l’expression culturelle et artistique qui n’est pas de grande masse (qui n’est pas commerce?) doit être aidée pour ne pas disparaître. Ça a toujours été le cas dans un petit marché comme le Québec. Est-ce que les technologies numériques changent la dynamique tant que ça dans ce domaine?

#pastellement

F- DÉMOCRATIE

Le numérique peut-il aider à la crise confiance et le cynisme envers les institutions?

Certainement. Avec leur pouvoir de diffusion d’information, par exemple, les technologies numériques sont de puissantes courroies de transmission. Mais le problème n’est pas là. À la base, il faut d’abord éliminer les raisons qui rendent la population si cynique envers leurs institutions.

Il faut arrêter de promettre qu’on livrera plus de services de toutes sortes tout en réduisant les impôts. Voyons donc. Est-ce que j’ai une poignée dans le dos?

Il faut arrêter de négliger les écoles et pendant qu’on augmente de manière indécente le salaire des médecins. Arrêter de nous faire croire qu’on peut manger à 4 sur une épicerie de 75$ par semaine. Arrêter de nous dire que la solution à tous les maux réside dans une 2e carte d’assurance-maladie et des lunchs gratuits pour aider les parents.

On n’est pas si stupides. Et si les technologies peuvent faire quelque chose c’est bien de nous faire voir de manière virale et à grande vitesse ce ridicule ne fait que nourrir notre cynisme. On n’a pas confiance aux institutions ou aux politiciens parce qu’ils ne nous inspirent pas confiance. Est-ce que l’existence du numérique peut y changer quelque chose?

#pastellement

G- ÉDUCATION

Ah, l’éducation. J’ai tellement envie de dire « don’t get me started ».

Commençons par la question d’un eCampus. Encore une fois, le problème n’en est pas un de plateforme. Il y a EduLib, Teluq, Coursera, edX, Fun et combien d’autres. Rendre des contenus de formation disponibles sur ces plateformes n’est pas si compliqué, suffit d’abord de vouloir. Mais ce ne sont pas là nos principaux problèmes en éducation nonobstant les technologies.

Il faut peut-être commencer par régler nos problèmes de dégradation du moral des enseignant-e-s. Éliminer les moisissures dans les murs et reprendre le dessus sur la maintenance des édifices.

Côté technologies comme soutien à l’enseignement, entre les Comterm à une époque et les tableaux blancs numériques plus récemment, on navigue à (courte) vue. On croit que si on achète de l’équipement, tout est réglé, on est informatisé. Quoi, il faut renouveler? Il faut l’entretenir?

Sans compter qu’on a toujours négligé la formation des enseignants au numérique. Si bien qu’on a un résultat totalement inégal. Exemple bien banal de ce que ça donne? Le prof de mon plus jeune résiste, sans doute par méconnaissance, à la communication numérique avec les parents alors que celui de ma fille ne jure que par ça. Et ça se décline partout. C’est que tout dépend de l’initiative individuelle et de l’intérêt de chacun, avec des résultats en conséquence.

Après ça, on se demande pourquoi nos jeunes ont des déficits de littératie numérique. Et quand on adopte un outil technologique, on les laisse plus ou moins à eux-mêmes ensuite (allo le virage iPad…). Et on tergiversera pendant des années au cours desquelles on ne fera plus ou moins rien.

C’est un peu comme les cours d’éducation à la sexualité. Simonac, on a les mêmes discussions aujourd’hui que lorsque j’étais au début de mes études secondaires! On ne devrait pas, on n’est pas prêt, on n’est pas à l’aise, on n’a pas eu le temps… Pendant ce temps, les enfants font leur éducation à la sexualité sur YouTube et ailleurs, sans accompagnement.

On parlait de cynisme envers les institutions, est-ce que ce genre d’attitude n’y contribue pas vous croyez?

#tellement (vous êtes surpris…!)

H- DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

Le développement régional est tellement une dynamique qui est multifactorielle que le numérique et les technologies ne sont qu’un élément dans l’équation. Oui, les technologies peuvent certainement contribuer à favoriser le développement régional. C’est là que les réseaux numériques à haute vitesse ont leur importance, en tout cas en partie. On a parlé de ça pendant la campagne électorale bien sûr (et de mémoire ce n’est pas la première fois), mais c’est quelque chose qu’on aurait dû régler il y a 15 ans. J’ai comme l’impression que ces promesses de brancher les régions sont une version moderne de l’asphalte dans les rangs de campagne à l’époque de l’Union nationale de Duplessis. Mais bon, arrêtons d’en parler et faisons-le.

Et en dehors de ça, comment peut-on assurer le développement de nos régions? Il y a des facteurs d’attraction, des considérations de potentiel et des valeurs à mettre de l’avant. Ce n’est pas tout de mettre des gros tuyaux de fibre optique pour se rendre à Chibougamau ou à Val d’Or. Il faut avoir une raison d’y rester ou d’aller s’y installer. On a tellement une culture de centralisation que tout se passe dans les grands centres.

Plusieurs partis ont promis de décentraliser l’appareil gouvernemental vers les régions. Sans doute un pas dans la bonne direction. Les régions ne sont pas qu’une mine (!) de ressources naturelles à extraire. En ajoutant une couche de services publics dans les régions, on peut donner un signe, une impulsion. Peut-être qu’on pourrait favoriser les rencontres virtuelles maintenant que nous aurons les bons tuyaux haute vitesse pour le faire. C’est certain qu’il faudrait aussi le faire entre les grands centres. Si on se déplace tous en avion ou en auto pour une rencontre sur le développement durable à (nommez une ville), est-ce qu’on ne vient pas de brûler nombre d’efforts de réduction d’émission de GES? Idem pour nombre d’autres déplacements.

Plus largement, c’est peut-être le concept lui-même de développement qu’il faut revisiter. Ce qui est un autre sujet en soi.

#tellement

— — — — — — — –

Il y a tant à dire. Nos défis ne sont pas (que) numériques, loin de là. Les technologies numériques peuvent les amplifier ou aider à les affronter. Ce sont des moyens. Nos défis sont souvent au niveau de la culture, de la balance entre l’individuel et le sociétal, des habitudes, de l’inconscience, de la vision à court terme, de l’absence de vision ou de la fuite par en avant.

Est-ce que tout ça va changer à mon avis après les élections? Vous savez ce que j’en pense. Désolé d’être pessimiste. J’ai dû perdre mon optimisme quelque part en chemin à force d’attendre.

Le seul espoir que j’ai encore, c’est qu’on cesse de croire qu’on ne peut rien contre les technologies et que tout est perdu d’avance. Ce n’est pas un problème de technologie.

Merci de vous être rendus jusqu’ici.

Image: Bureau de Nokia à Munich, par Martin Falbisoner [CC BY-SA 4.0], sur Wikimedia Commons

Lunettes numériques roses?

Alors que tout le monde se réjouit de cette «première» stratégie numérique au Québec, j’ai l’impression de casser le party en disant qu’on vient d’assister à un exercice, qui est somme toute encore assez flou, de lancement d’un énoncé d’objectifs pour une stratégie numérique.

Il faut dire qu’elle était attendue cette stratégie. Sauf erreur, on en parlait déjà au temps de Jean Charest et j’ai en mémoire une série de consultations sur cette stratégie à l’époque du (bref) gouvernement Marois. Le premier ministre Couillard en parlait en début de mandat. En somme, je crois que ça doit bien faire autour de 8 ou 10 ans qu’on la souhaite, qu’on l’anticipe, qu’on la prépare cette stratégie.

Dans les faits, on a très peu de détails sur les mesures concrètes de cette stratégie qui ne seront annoncées, finalement, que l’an prochain, pas si longtemps avant les élections.

Voici quelques éléments (choisis) que l’on retrouve dans la stratégie et qui font partie des 8 actions structurantes.

«le Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur sera dévoilé prochainement»

«Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) fera part des actions qui seront mises en œuvre pour réaliser l’objectif 2.2 de la Stratégie numérique portant sur le développement des compétences numériques de la main-d’œuvre dans le cadre de la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre, qui devrait être dévoilée au printemps 2018

«La Stratégie pour une administration publique numérique (Stratégie APN) sera dévoilée prochainement

«Le gouvernement du Québec appuiera le virage numérique des municipalités. Les moyens à mettre en place ainsi que les modalités de l’appui seront annoncés par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) au cours de l’année 2018

«Un premier ensemble de services numériques de santé sera offert prochainement aux citoyens.»

«… le ministère de la Culture et des Communications, en collaboration avec ses sociétés d’État, rendra publics, à compter de 2017–2018, les premiers éléments d’un plan d’action sur les données qui accompagnent les contenus culturels numériques québécois.»

On n’aura pas eu beaucoup de temps pour voir se concrétiser les dites mesures, encore moins de commencer à en voir le début d’un impact, avant de sanctionner ou non ce gouvernement. Peut-être que cette stratégie, et les éléments qui la composent seront au cœur de la prochaine campagne électorale?

On a parlé de 1,5 milliard de dollars sur 5 ans, dont 500 millions ont déjà été annoncés, ce qui nous ramène à 1 milliard d’argent frais sur 5 ans ou 200 millions par année. Il faudra voir si l’enveloppe est à la hauteur, parce que la liste des objectifs à atteindre dans cette politique est assez ambitieuse.
 
J’aimerais avoir le temps de comparer ces objectifs avec ceux de la Politique de l’autoroute de l’information de 1998 ou du rapport Gautrin sur le gouvernement en ligne de 2004… On rappelait aussi à ma mémoire le rapport Berlinguet (Inforoute Québec, 1995) qui a mené à la Politique de 1998. On est dans les mêmes registres, et je suis loin d’être certain qu’on vient de révolutionner le monde (svp qu’on arrête de dire que c’est la première politique en la matière…)

Il y a peut-être aujourd’hui l’aspect de la mobilisation et de la cocréation, qui n’étaient pas (aussi?) présents en 1998, ce qui est déjà ça de pris. Et une plus grande prise de conscience des entreprises et des organisations, à commencer par le gouvernement lui-même, de l’importance des enjeux du numérique.

Le diable est dans les détails et c’est l’exécution qui nous dira où ça nous mènera. J’espère que ça nous mènera loin en avant. J’ai bien hâte de voir les mesures concrètes qui seront annoncées en 2018. En espérant qu’il s’agira d’un tout cohérent et qu’on pourra bénéficier d’un processus de mise en oeuvre à haute vitesse… Parce qu’à l’ère numérique, le temps passe vite.

Retour vers le passé

Il y a quelques années, je suis allé voir cette pièce, Le vent et la tempête, chez Duceppe. C’était l’adaptation au théâtre par Jerome Lawrence et Robert E. Lee d’une histoire qui s’était déroulée en 1925.

Cette histoire est connue sous le nom du procès Scopes ou procès du singe. Le professeur Scopes subissait son procès pour avoir enseigné la théorie de l’évolution, ce qui était interdit par la loi de l’État du Tennessee. C’était contraire à la religion.

Les temps n’ont pas beaucoup changé. Près d’une centaine d’années plus tard, on apprenait cette semaine qu’en Turquie, on vient de retirer la théorie de l’évolution des programmes scolaires. C’est contraire à la religion.

Assez décourageant.

Hommage

J’ai l’heureux privilège d’être associé aux deux institutions d’enseignement dont les professeurs ont reçu les honneurs de la ministre de l’Enseignement supérieur Québec cette année.

Je lève mon chapeau à Julie Roberge, prof de français au Cégep André-Laurendeau (je siège au CA), qui reçoit le prix Paul-Gérin-Lajoie pour la qualité de l’engagement et de l’encadrement, la créativité et l’innovation dans les méthodes d’enseignement. (détails ici)

Bravo également à Michel Meunier, prof de génie physique à Polytechnique Montréal (j’y travaille), qui s’est vu remettre le prix Guy-Rocher pour l’excellence en enseignement au niveau universitaire. (détails ici)

On ne soulignera jamais assez l’engagement de nos profs dans la transmission de la connaissance et la qualité de leur travail. Ils et elles façonnent la société de demain en allumant les passions de la prochaine génération.

À Julie et à Michel, et à tous les autres qui sont engagés dans cette mission qu’est l’éducation et qui ne font pas nécessairement la une des médias, j’en profite pour dire merci.

Techno tous azimuts


J’ai décidé de publier ce billet aujourd’hui, comme un préambule à mon analyse du Plan d’action en économie numérique présenté récemment par le gouvernement du Québec.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai quitté une association de professionnels en TI pour retourner dans le domaine des communications. (Voir ce billet). Un des éléments qui me manquaient était le temps d’écrire des opinions ou des analyses personnelles à propos de sujets qui m’intéressent. Quelques mois plus tard, j’ai repris le clavier pour commencer à écrire le billet ci-dessous que j’ai conservé dans mes cartons pour le laisser évoluer.


J’ai souvent parlé et entendu parler de l’industrie informatique. J’en ai été un observateur pendant une vingtaine d’années. Et une forme de porte-parole pendant un autre cinq ans.

Aujourd’hui, je crois que l’expression «industrie informatique» est dépassée. Et je ne dis pas ça pour la remplacer par «industrie des technologies de l’information», expression que j’avais adoptée au milieu des années 1990 comme slogan du magazine que je dirigeais alors. Mon propos ici ne vise pas non plus à discuter de la pertinence de rebaptiser l’industrie des TI pour la nommer «l’industrie du numérique».

En fait, je crois que c’est la volonté de regrouper tout ce qui touche de près ou de loin à l’informatique, aux TI, aux TIC ou au numérique en une seule et même industrie qu’il faut repenser. Il ne s’agit pas d’un tout homogène.

L’industrie des TI (utilisons cette expression pour que ce soit plus simple) n’est pas comme l’industrie de l’aéronautique ou du pharmaceutique.

L’industrie de l’aéronautique est composée des entreprises qui fournissent des produits et services dans le domaine de l’aéronautique à des entreprises bien précises d’un marché relativement bien identifiable.

Il y a peu ou pas d’ingénieur en aéronautique qui travaille dans les banques ou les municipalités. Il y a peu ou pas de technicien en aéronautique à l’emploi des détaillants en alimentation ou des concessionnaires automobiles.

L’écosystème de l’aéronautique est un cercle relativement fermé. Le périmètre de la profession et celui de l’industrie sont assez bien superposés.

Dans le monde des TI, la perspective est différente. J’ai souvent affirmé que l’on pouvait distinguer deux axes pour définir «l’industrie des TI». Il y a sa composante verticale, les fournisseurs des produits et services en TI, et sa composante horizontale, les professionnels en TI.

Contrairement à l’industrie de l’aéronautique, ce ne sont pas tous les professionnels de la discipline qui travaillent dans les entreprises du secteur. En TI, les professionnels des TI n’œuvrent pas tous chez les fournisseurs de produits et services en TI. En fait, près de la moitié des professionnels des TI travaillent dans une industrie autre que celle des TI. (Voir ici les données tirées du récent profil de l’industrie préparé par TechnoCompétences)

Il y a des professionnels des TI dans les banques et les compagnies d’assurances. Dans les municipalités et chez les détaillants en alimentation. Chez les fabricants d’automobiles et leurs distributeurs.

En fait, il y a des professionnels des TI dans toutes les entreprises, sauf peut-être dans les plus petites PME et même là, il y a généralement quelqu’un qui est responsable des TI sans nécessairement en avoir le titre, parmi d’autres tâches, et c’est peut-être le dirigeant de l’entreprise.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes compétences qui sont requises ou sollicitées partout, dans toutes les organisations. Mais un spécialiste JavaScript dans une banque, un ministère ou une firme-conseil en TI, ça reste un spécialiste JavaScript. Un programmeur en C#, peu importe où il travaille, il écrit du code.

Une compétence transversale?

Par ailleurs, le niveau de compréhension et de compétence en technologies que l’on demande au travailleur moyen augmente au même rythme que se répandent au sein des organisations les outils de collaboration et de gestion d’information numérique, de services en ligne et autres technologies web. Le travailleur moyen ne programme pas, mais il utilise de plus en plus des technologies d’une complexité croissante s’il veut maximiser l’efficacité et l’impact de son travail.

Ce qui me fait dire qu’il y a non seulement le vertical TI (les entreprises de l’industrie TI), l’horizontal TI (les professionnels en TI), mais désormais aussi le «transversal TI», alors que de plus en plus d’employés non-TI doivent développer des compétences associées aux TI, à divers niveaux. Ce ne sont pas des informaticiens, mais ils doivent saisir le fonctionnement des TI pour les appliquer dans leur quotidien, comprendre, prioriser et gérer des projets, associer une vision du développement d’une organisation au potentiel des technologies.

Voilà. La table est mise, c’est ainsi que je perçois la dynamique de «l’industrie des TI» au temps présent. Un peu comme les définitions dans les premières pages d’une loi ou les pages liminaires d’une directive, histoire de s’entendre sur les tenants et les aboutissants du sujet dont on parle, avant d’aller plus loin.

Je ne vous cacherai pas que mon intention première était de poser un regard critique des différentes associations de l’écosystème TI sur la base de ce cadre d’analyse. J’y reviendrai sans doute un jour.

Mais d’ici là, je crois que ce cadre me sera pertinent au moment de décortiquer ce fameux Plan d’action en économie numérique.

À suivre.

(photo : iStock.com/Henrik5000)

Une leçon chinoise


Il y a une dizaine d’années, peut-être un peu plus, vous vous rappellerez sans doute qu’on lisait des articles où on se rassurait en disant que même si les emplois de fabrication étaient délocalisés (en Chine, par exemple) ce n’était pas si dramatique, puisqu’on conservait la conception des produits dans les économies occidentales. C’était ça le savoir. La Chine, elle, était l’usine du monde, sans plus.

Et on lisait aussi que c’était au prix du manque de respect de l’environnement et des conditions de travail que des pays comme la Chine pouvaient concurrencer les économies occidentales. Une situation qui serait insoutenable à long terme.

Hum.

Je viens de lire l’article de Valérie Borde «Le virage vert de la Chine» qui s’est récemment mérité le 1er prix de la 19e édition du Prix d’excellence en journalisme économique et financier. L’article date d’avril 2015, mais mérite vraiment d’être lu ou relu.

Pendant qu’on parle ici de commencer à penser à l’électrification des transports, la Chine veut mettre sur ses routes d’ici 2017 quelque 70 000 autobus électriques. Pendant ce temps, «À Shenzhen, dans le sud du pays, les 10 mil­lions d’habitants sont servis par 850 taxis électriques et plus de 6 000 autobus électri­ques, hybrides ou alimentés avec d’autres car­burants de substitution». Ça c’était en 2014, si je comprends bien.

À Montréal par exemple, la STM compte 1680 autobus, dont 8 hybrides (source: Plan stratégique 2020 de la STM). On «vise à ce que 95 % des déplacements en transport collectif soient électriques d’ici 2030». (source: Grands projets ­­> Électrification du réseau de surface)

Pendant ce temps, dans l’empire du milieu, on songe à exporter des concepts d’édifice à construction rapide qui pourraient être adaptés au transport par conteneur. «De cette manière, ces immeubles préfabriqués pourront être exportés par bateau. Bientôt dans un lotissement près de chez vous ?», conclut la journaliste.

De quoi se donner froid dans le dos, vous ne trouvez pas? Et on hésite, on tergiverse, on retarde, on réfléchit à se donner une stratégie d’innovation solide? On ne tardera pas à se faire donner des leçons.

Peut-être toute une râclée, finalement.

Vers de nouveaux horizons

Il y a un peu plus de cinq ans, j’ai accepté de me joindre au Réseau Action TI, qui était à un carrefour dans la redéfinition de sa mission. Une équipe au sein du Conseil de l’organisation avait auparavant oeuvré à repositionner ce qui s’appelait autrefois la Fédération de l’informatique du Québec pour en faire le Réseau Action TI.

Il y avait dans ce repositionnement une volonté de changement de cap, de faire de cette organisation, de cette association qui avait été construite à la fin des années 1970, une association moderne, sous la forme d’un réseau. J’avais déclaré à l’époque que je voyais un réseau comme beaucoup plus organique, plus flexible, une forme d’organisation dont je voulais être une partie prenante. Rappelez-vous qu’à cette époque, nous étions plus ou moins au début d’une mouvance 2.0, que la notion d’engagement de communauté se répandait non seulement sur les médias sociaux, mais au sein des organisations, des entreprises et, nécessairement, au sein d’associations comme le Réseau Action TI. Après 20 ans comme observateur de l’industrie québécoise des TI, je voulais être de ceux qui contribuent à cette transformation, je voulais devenir un catalyseur de cette transformation.

Ainsi, depuis mon arrivée au Réseau, il y a un peu plus de cinq ans, j’ai eu le privilège d’oeuvrer au sein d’une organisation qui a traversé une phase de changements importants. J’ai aimé expérimenter différents projets, de la reconception du site web, à l’augmentation de notre présence sur les réseaux sociaux, de la webdiffusion de conférences aux publications numériques. Nous avons, à l’interne, modernisé nos processus, expérimenté de nouveaux outils de collaboration, repensé le concours des OCTAS, revu nos manières de communiquer avec nos membres avant même la mise en vigueur des règles de communication par publipostage. En cette matière, comme dans chaque projet, j’ai toujours crû que nous devions avoir un comportement exemplaire en matière d’utilisation des TI: en tant que communauté de professionnels des TI, nous devions être à l’avant-garde du mouvement et des bonnes pratiques d’affaires.

Nous avons relevé de nombreux défis dont l’un des plus importants a sans aucun doute été de procéder à la fusion de nos entités composant le Réseau pour se donner une nouvelle force, un nouveau dynamisme et une plus grande cohésion. Je lève mon chapeau à tous ceux qui ont travaillé à cette réinvention historique du Réseau, notamment à l’équipe de la permanence: ce fut une lourde tâche que nous avons réussi à mener à bien.

Redéfinir le rôle d’une association comme le Réseau est un défi auquel toutes les organisations comme la nôtre sont confrontées, avec les changements amenés par la nouvelle économie numérique. Le Réseau a la chance d’oeuvrer au coeur de ce domaine et peut compter sur un Conseil d’administration en mesure de saisir les tenants et les aboutissants de ces défis.

Vous le savez tous, je suis d’abord et avant tout un communicateur. J’ai oeuvré plus de 20 ans au sein de médias spécialisés, dans le secteur des affaires et des technologies. Cet environnement me manque et après ces cinq années au Réseau, j’ai décidé dernièrement de retourner vers cet univers. Je quitte donc mon poste de président-directeur général du Réseau, en espérant que ma contribution aura permis à l’association d’avancer vers l’accomplissement de ses objectifs et de sa mission. Je l’ai fait avec passion, au meilleur de ma connaissance et avec cette conviction que l’avenir de la société et de l’économie est numérique.

Je vous remercie tous, membres et amis du Réseau, collaborateurs et bénévoles, membres de l’équipe de la permanence, de votre engagement envers le Réseau et de votre soutien. Vous êtes ceux pour qui le Réseau existe, vous avez toujours été au coeur de mes préoccupations comme dirigeant du Réseau.

J’espère avoir le plaisir de vous revoir sous peu et je vous transmets mes salutations les plus cordiales.

(Note: ce billet a d’abord été publié sur mon blogue au Réseau Action TI – le 22 mai 2015)

Le trouble dans la messagerie


La messagerie instantanée semble être l’application qu’on sert à toutes les sauces. J’aimerais mieux qu’on la standardise et qu’elle serve à communiquer. Efficacement.

Les jeux dans la messagerie.
Les applications et les entreprises dans la messagerie.
Les médias dans la messagerie.

Est-ce qu’on pourrait laisser la messagerie faire son travail de messagerie ? Outre le courriel et le navigateur web, le logiciel de messagerie instantanée est la troisième application essentielle de mon attirail sur toutes les plates-formes, de l’ordinateur de bureau au téléphone, en passant par la tablette.

J’ai deux ou trois logiciels de courrier. Peu importe l’outil de prédilection du moment, je peux toujours lire, envoyer et recevoir des courriels, peu importe ce que mes contacts utilisent de leur côté. Suffit que je sache configurer correctement mes comptes (lesquels sont tous IMAP d’ailleurs) dans les paramètres de l’outil.

J’utilise trois ou quatre navigateurs web. Peu importe le navigateur, je peux voir toutes les pages web sans problème (ou presque). J’ai mes préférences de fonctionnalités, certains sites sont mieux rendus ou plus fonctionnels dans tel navigateur, mais essentiellement, tout fonctionne.

J’ai au moins une dizaine d’outils qui permettent de faire de la messagerie instantanée. Le SMS sur mon téléphone, Google Hangout ici et là, Skype, Telegram, WhatsApp, Facebook Messenger, et autres Viber. La plupart d’entre eux me permettent de communiquer avec les autres utilisateurs qui utilisent le même outil. Mais pas entre eux.

Tel contact utilise FB Messenger alors que tel autre préfère Skype, si ce n’est la messagerie de LinkedIn. Ou encore les messages directs de Twitter. Je préfère le SMS de mon téléphone et Hangout. Pas facile de communiquer entre nous. Certains jours, j’ai l’impression de passer le plus clair de mon temps à passer d’un logiciel de communication à un autre pour rester en contact avec mon réseau.

À une certaine époque, Adium (sur Mac) et Pidgin (sous Windows) permettaient de fédérer tous nos comptes de messagerie sous un seul environnement, en consolidant nos contacts. Il fallait toujours avoir un compte de messagerie dans chacun des environnements, mais au moins, on pouvait n’utiliser qu’un seul client.

Les temps ont changé. La messagerie semble devenir une application plate-forme, un atout stratégique pour les grands joueurs du web. Pendant ce temps, on a oublié que la fonction fondamentale de la messagerie instantanée était de communiquer. Bref, rapide et efficace message envoyé en un tournemain avec une réponse à l’avenant et généralement quasi instantanée.

À quand un standard de protocole de messagerie instantanée, ouvert et accessible, pour nous permettre d’utiliser le client de notre choix pour communiquer entre nous ?

Plutôt que d’ajouter des jeux et une collection infinie d’émoticônes dans la messagerie, pourrait-on lui permettre de mieux communiquer?

C’est combien par mois ?


Quelque part au siècle dernier les arts et les oeuvres sont devenus des produits culturels. Des produits de consommation.

Tendance plus récente, on ne les achète plus, on s’y abonne. Moyennant 9,99$ par mois, j’écoute de la musique en continu sur un service de radio par Internet. Lu à partir de mon navigateur pour être transmis à ma chaîne audio par l’entremise d’un serveur média branché sur une prise HDMI et fourni par le géant de la recherche web.

D’ailleurs, le «produit culturel» consommé n’a plus la même personnalité. En le moment, j’écoute la station de radio Blues (version instrumentale) qui m’est proposée à la section Lire au salon de l’option Découvrir. Je n’écoute pas Stevie Ray Vaughan ou John Mayall. J’écoute un genre, adapté à mon contexte.

Ce n’est pas tant le contenu qu’on achète, en fait, mais le service, la connexion. Parlez-en aux artistes qui reçoivent des millionièmes de fraction de partie de mes 9,99$ contre une écoute de leur oeuvre.

Il en va de même du cinéma dont une sélection m’est servie par le truchement d’un populaire service d’abonnement. Payant ou gratuit. Je construis moi-même ma programmation en choisissant mes sources en multiplexant toutes les technologies qui me sont disponibles, de Netflix à Tou.tv, via mon téléviseur intelligent, par mon terminal télé vendu par mon constructeur d’ordinateur ou encore par le même truc du géant de la recherche web qui gérait ma musique tout à l’heure.

Il y a aussi ce service de livres sur Internet, qui me fournit des résumés consommables en 15 minutes des bouquins d’affaires ou de tendances de l’heure (ou totalement inconnus), selon une formule d’abonnement annuel.

Il ne me manque plus que des écrans de veille pour mon ordinateur ou mon téléphone portable, genre de diaporama de tableaux des peintres les plus célèbres qui pourraient m’être offerts par mon musée des beaux-arts favori. Ce sera combien par mois, dites?

Les nouvelles compétences

Le développement des systèmes informatiques ou la mise en place d’outils de gestion informatisés implique désormais plus que des connaissances techniques. L’éventail des compétences qui doivent désormais faire partie des cordes à l’arc du professionnel des TI ne cesse de s’agrandir.

Il y fut un temps où connaître le Cobol était LE gage du succès dans une carrière en programmation informatique. Évidemment, le Cobol n’est plus le langage de prédilection des nouveaux programmeurs qui carburent plus à l’Objective C ou au Java, mais ce ne sont pas les seuls changements qui définissent le quotidien des informaticiens.

Il y a bien entendu les méthodes de projets qui ont changé, s’adaptant au contexte d’amélioration continue dans une perspective progressive. Ceci nous a amenés à développer en mode agile, une approche qu’on peut d’ailleurs appliquer non seulement au développement informatique, mais à une multitude de projets de toute nature, et à divers aspects de l’évolution des organisations, bref, au changement en général.

Il faut l’accepter, les temps ont changé. Avec un impact certain au niveau des compétences. Le technique doit désormais s’accompagner, par exemple, de savoirs comportementaux, appelés souvent, en anglais, des softs skills.

Combiner éthique et croissance organisationnelle

On voit souvent ces savoirs dans la classe de la résolution de problèmes ou de la gestion des ressources humaines, mais je crois que les nouveaux savoirs dépassent ce cadre. On peut penser à l’éthique par exemple, et dans notre cas, l’éthique professionnelle. Nous sommes confrontés à cette notion continuellement ces temps-ci dans le contexte de la protection de la vie privée notamment, alors que les organisations s’interrogent sur leur manière de gérer les informations personnelles.

Comme gestionnaire ou spécialiste, il nous faut arbitrer entre les impératifs de la gestion des données, des besoins de la mise en marché et de la vente, de l’analyse marketing en regard des limites morales ou des règles de conduite généralement acceptées ou imposées par des lois. Il nous faut allier technologie et technique dans le cadre de la réalisation de la mission d’une organisation et de sa croissance.

Ce n’est pas le genre de compétences qu’on peut acquérir dans des formations purement techniques. Il faut nécessairement faire une démarche qui nous amène à considérer des perspectives globales.

Compétences du futur

S’il leur faut maîtriser l’art des technologies, les informaticiens doivent également parfaire leurs compétences dans ces divers domaines.

L’intelligence sociale fait partie de ce genre de savoirs comportementaux qu’il est nécessaire de développer. À l’ère des réseaux sociaux et des environnements de collaboration pour équipes éclatées, la capacité de bien saisir la charge émotionnelle des propos (et celle qui se cache derrière un message instantané ou un statut Facebook) peut faire la différence sur la réaction à adopter pour répondre à un client ou un collègue.

Les environnements de collaboration sont des plates-formes informatiques à la base, présentés sous la forme d’application/service web. On critique souvent leur inefficacité. En fait, c’est que le travail en collaboration n’est pas juste une affaire de technique, c’est surtout une affaire de culture et c’est sans doute là que se trouve une grande partie de l’explication. La collaboration virtuelle fait partie de ces compétences nouvelles que les travailleurs d’aujourd’hui en informatique, ou ailleurs, doivent développer. Cette capacité de s’engager envers un objectif et de s’assurer d’une haute productivité est certainement une aptitude particulière que les membres des équipes virtuelles doivent développer.

La pensée innovatrice est en une autre. On qualifie souvent la culture québécoise de créative, ce qui est un des facteurs qui a favorisé le développement de notre industrie du jeu électronique (ou mobile ou des plates-formes numériques, selon l’expression qui vous plaît le plus). Ce penchant créatif doit s’étendre à toutes les autres sphères, dans toutes les organisations. Résoudre des problèmes ou relever des défis avec des solutions nouvelles nécessite une manière de penser et de s’adapter qui seront nécessairement recherchées par les employeurs d’aujourd’hui et de demain.

Vous avez certainement votre point de vue sur des compétences dont vous saisissez l’importance au cours des prochaines décennies. Vous le savez comme moi, il est probable que la moitié des types d’emplois pour lesquels vous recherchez des ressources en ce moment n’existaient pas quand vous et moi avons fait nos études au collège ou à l’université. L’informatique change et les compétences évoluent. Je vous invite à me faire de vos commentaires sur mon blogue.

Note: pour poursuivre votre réflexion, je vous invite à consulter le document Future Work Skills 2020, proposé par l’Institute for the Future – bien que l’étude date de quelques années, les compétences identifiées sont toujours très pertinentes. 

(Note: ce billet a d’abord été publié sur mon blogue au Réseau Action TI – le 14 octobre 2014)