East Van Panto: triste nouvelle

(East Van Panto : The Little Mermaid – photo par Emily Cooper)

Pendant la pandémie de Covid, j’ai découvert le théâtre The Cultch, de Vancouver, grâce à la webdiffusion, ce qui était devenu une nécessité pour la survie de l’art vivant, en cette période de confinement et de fermeture généralisée des salles de spectacle, notamment.

Concours de circonstances, c’est par une production des 7 doigts, cette compagnie de cirque de Montréal, qui m’a fait découvrir ce théâtre dont je n’avais jamais entendu parler. Intitulée Out of Order la production était diffusée en ligne en première nord-américaine par The Cultch.

J’ai aussi vu la captation de White Rabbit, Red Rabbit jouée par la troupe de ce théâtre, sur un texte de l’auteur iranien Nassim Soleimanpour.

East Van Panto

Une pièce de théâtre menant à la suivante, j’ai été attiré par la diffusion sur demande de la pièce East Van Panto : Alice in Wonderland, une réalisation du Theatre Replacement en collaboration avec The Cultch.

East Van pour le secteur ou quartier est de Vancouver. Panto, pour pantomime, dans la tradition britannique de la chose qui est différente de ce qu’on comprend en français par pantomime.

En résumé, un spectacle musical et familial du temps des fêtes, haut en couleur, qui reprend un conte traditionnel, mais qui le tord dans tous les sens pour amuser à la fois les enfants autant que les grands. Pas un genre, ni une tradition que je connaissais vraiment, plutôt habitué au traditionnel Casse-Noisette des Grands Ballets Canadiens, que j’ai vu à plusieurs reprises.

Le Theatre Replacement, qui a présenté son premier Panto en 2013, ajoute une prise de conscience sur une thématique moderne à chaque spectacle, contextualisée sur la réalité de la côte ouest, avec un penchant vers la gauche, abordant des thèmes comme l’inclusion, le respect des différences et de l’environnement. Un théâtre engagé tout en étant fort divertissant.

C’était devenu un rendez-vous annuel pour moi, depuis décembre 2021.

Pas de webdiffusion cette année

À l’aube du spectacle de cette année, que j’attendais avec un plaisir assumé, cette nouvelle dans mes courriels cette semaine :

Unfortunately, after many long discussions, we have made the difficult decision not to make a filmed version of the East Van Panto this year. In the face of restrictive funding budgets, inflation, and rising costs, both Theatre Replacement and The Cultch are in an uncertain financial landscape. Arts organizations are needing to make difficult decisions like this one. 

We know your holidays won’t be the same without the East Van Panto, and we’re deeply sorry.

C’est triste. Pour la diffusion de la culture et pour le partage de cette tradition. Pour découvrir ce qui se passe un peu plus loin que nos habitudes.

Pour nous consoler, The Cultch rend disponible en ligne pour quelque temps, gratuitement, la production The Little Mermaid, présentée en 2022.

Merci The Cultch de m’avoir fait découvrir vos productions et votre engagement, « grâce » à la pandémie. Avec un pincement au cœur, je peux comprendre votre décision. J’espère passer vous voir un jour en salle, sur place, dans votre théâtre, à East Van. En attendant, vous allez me manquer…

Sur une corde raide

On ne sait p.. Mais ce n’est pas import… Voilà. Cela résume beaucoup, mais pas tout, de corde. raide, bouleversante pièce vue ce soir à l’Espace Go.

Des décors minimalistes, à peine quelques accessoires, pour laisser toute la place au jeu. Les acteurices jouent d’ailleurs avec une grande intensité.

Photo présentant le décor minimaliste pour la pièce: quelques chaises, une fontaine pour servir de l'eau, des murs aux allures géométriques, blancs.
Les décors minimalistes pour la pièce corde. raide

On ne sait pas ce qui est arrivé au juste à Trois (Stephie Mazunya), mais ce n’est pas important d’en connaître les détails. On peut à peine se l’imaginer. Non, en fait, on ne peut pas.

Mais on sent que c’était atroce, que sa vie, celle de ses enfants, de son mari, de son couple ont été détruites. Trois nous le fait clairement sentir. Et ça ne se réparera pas. Ça ne peut pas se réparer.

Et si on ne peut pas s’imaginer l’atrocité, c’est qu’on ne peut pas se mettre dans sa peau. On comprend très bien qu’il s’agit d’une atrocité raciste. D’un crime fondé, motivé par le racisme. Mais les blancs que sont Deux et Une, et nous dans la salle, ne peuvent pas s’imaginer la lourdeur de cette poursuite de la vie, avec cette atrocité à traîner dans sa peau et qui pourrait survenir de nouveau, elle ne sait jamais, à tout moment.

Deux et Une, joués par Patrice Dubois et Eve Landry, sont les parfaits fonctionnaires du système de justice de cet univers dystopique où la victime choisit la peine infligée au coupable. Ce sont les esclaves (ou les complices?) des protocoles. Ce carcan de protocole les empêche de trop s’approcher de leur perception de la situation, ou fait office d’écran de protection pour donner une apparence d’impartialité.

Mais on sent la bataille intérieure qui se joue dans leurs personnages, dont l’objectif est de recevoir la décision de la victime quand à son choix de la peine à appliquer. Jamais dévier des consignes et du protocole semble être leur leitmotiv, même si on sent que la frontière de la transgression est souvent proche.

Trois est solide, elle confronte, elle pousse, elle ramène à la réalité Une et Deux qui préfèrent ne pas voir et s’occuper de thé ou de verres d’eau plutôt que d’accueillir la souffrance sans condescendance et de considérer la victime avant le processus. Une et Deux jouent parfaitement les technocrates de système.

Je me suis demandé si la claquette était à propos. Si cela amenait quelque chose à la pièce. Et en fait oui, cela rythmait l’action. Comme des points d’orgue dans le texte. Comme des émojis qui soulignent l’émotion du message.

Le théâtre est un jeu, au sens noble du terme, qui repose sur les épaules des personnes sur scène et en coulisses, des personnes qui ont façonné cette création. Ce soir, cela valait une ovation. Dans les quatre premières rangées, j’étais, je crois, le seul debout. Ce fut instinctif, fondé sur mon émotion. Je n’ai pas regardé derrière pour voir si j’étais fin seul. Peut-être, mais ce n’était pas important. C’était franchement mérité.

Chaque fois que je vais à ce théâtre, j’en ressors toujours traversé d’émotions, pour toutes sortes de raisons. Et cela laisse des marques qui influencent la suite de ma vie. C’est pourquoi j’y retourne.

Le logement en crise

Il y a certainement beaucoup à dire sur la crise du logement. Du déni de la crise, à la sous-estimer et à la vivre un premier juillet, dans la rue.

Je retiens l’histoire de cette mère, en guise de réponse au premier ministre qui disait que tout se passait bien, qui a le mérite de personnaliser la situation.

On l’a vu dans la semaine du grand déménagement, le nombre de logements manquants se dénombrait par centaines (de cas connus).

Qui est responsable de la crise du logement abordable ? Le balado Science Vs s’est penché sur la question, à la sauce « True Crime » en recherchant le coupable.

Certains des arguments soulevés sont plus typiques de la banlieue de villes américaines, mais l’analyse est intéressante. Je serais curieux de voir la même analyse ici.

J’aimerais bien savoir ce qui se fait, un peu partout dans le monde, en matière de contrôle des prix des loyers. On y reviendra.

Des choix de balados en français

Headphones« Headphones » by James F Clay is licensed under CC BY-NC 2.0

Le temps des fêtes (et la pause prolongée que nous prendrons…) est l’occasion idéale de s’initier ou de faire du rattrapage sur nos balados préférés.

En guise de réponse à la question de mon ami Camil, voici ce que j’écouterai au cours des prochaines semaines, dans ma collection française de balados.

Travail en cours – quelque chose d’assez intéressant qui nous vient de chez Louiemedia en France, et qui explore différents aspects actuels du travail – dans un contexte de pandémie ou non – avec des sujets comme l’engagement et la responsabilité des entreprises, l’usage des émojis au travail, et autres.

Toujours chez Louiemedia, la série Émotions fait également partie de mes préférées. On explore des sujets plus personnels liés, évidemment à nos émotions. Des titres d’épisodes pour vous donner une idée? « L’espoir nous permet-il d’avancer? », ou encore « Que ressent-on quand on met son cerveau en pause? ».

Fred Savard (ex de la Soirée est encore jeune et actuel collaborateur à Cette année-là et autres) a lancé il y a deux ans son balado indépendant (la Balado de Fred Savard) qui réunit plusieurs chroniqueurs moins connus mais qui étendent notre perspective. Je pense aux réguliers Hélène Faradji et Godefroi Laurendeau, mais de nombreux autres en direct du Chili ou de l’Abitibi. Les épisodes cette saison atteignent deux heures. Donc, réservez un peu de temps!

Radio-Canada produit beaucoup de matériel qu’on peut retrouver sur sa plateforme OhDio mais généralement aussi ailleurs. Les émissions régulières comme À la semaine prochaine, Aujourd’hui l’histoire, Moteur de recherche, L’Heure du monde, etc. On peut donc les écouter à la demande, à notre convenance.

Mais il y a aussi des séries plus courtes et à sujet bien défini, comme Laissez-nous raconter : L’histoire crochie qui donne le point de vue autochtone sur des mots qui ont servis à les décrire, pas toujours de manière heureuse ni respectueuse… J’ai adoré cette série.

Tout comme j’ai aimé L’Histoire ne s’arrête pas là qui nous raconte des anecdotes historiques dont je n’avais jamais entendu parler, ou presque. Comme le transfert du trésor britannique au Canada pendant la 2e guerre mondiale. Ou une époque où la vaccination causait des émeutes à Montréal!

Dans ma liste à écouter, j’ai une minisérie proposée par FranceCulture intitulée l’Énigmatique Alan Turing, (rendu populaire récemment par le film The Imitation Game). Quatre épisodes de plus de 90 minutes chacun, j’imagine qu’on va beaucoup plus en détails sur sa vie et l’impact de sa réflexion sur les ordinateurs et l’intelligence artificielle. J’ai bien hâte d’écouter!

Si on a suivi les documentaires T’es où, Youssef et Les poussières de Daech à Télé-Québec, on aimera sans aucun doute les balados (ici et ici) qui les accompagnent, qui nous amènent un peu en arrière-scène et fournissent des informations supplémentaires à la version télévisuelle.

Voilà, et vous, qu’est-ce que vous écoutez? Peut-être que vous avez des suggestions intéressantes pour mon ami Camil?

(PS: les liens indiqués passent par PocketCast, mon logiciel favori pour écouter mes balados, mais il devrait vous proposer des accès alternatifs vers les balados.)

Salut Robert!

Quand on écoute des balados, on développe une relation avec les personnes, les voix qui nous parlent. En particulier, lorsqu’on expérimente ces balados avec des casques d’écoute ou des écouteurs. Les animatrices et les chroniqueurs sont directement dans nos oreilles, dans notre tête.

On prend rendez-vous avec eux, plus ou moins régulièrement selon leurs disponibilités et les nôtres. À la longue, ils deviennent des amis. Ils influencent nos vies. Elles nous font réfléchir.

Il y a une atmosphère dans une balado qui est différente d’une émission de radio. Pratiquement sans interruption, on peut pousser sur un sujet. On s’y abonne, on s’y engage, on s’y plaît.

Pour moi, il y a des modèles en la matière et Radiolab est certainement un de ceux-là. Dans cet épisode, qui signe le départ à la retraite d’un de ses deux créateurs, Robert Krulwich, on sent tellement la grande amitié qui le lie avec Jad Abumrad, l’autre créateur de Radiolab.

Ceux qui me connaissent se doutent bien que j’ai passé une bonne part de cet épisode les yeux dans l’eau, ému par le départ d’un inconnu, devenu un «ami de balado». Salut Robert Krulwich!

Tout est dans tout

L’avenir et même le présent des médias sociaux est… nébuleux! (Nébuleuse de la rosette — source Dreamdan [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)] via Wikimedia Commons.

Il y a une Élise Eleonorre qui pose une question dans le groupe des Pros des médias sociaux et du web du Québec parce qu’elle reprend le boulot bientôt après une pause maternité (elle-même met le mot «congé» entre guillemets — parce qu’on sait bien que ce ne sont pas des vacances!).

Je n’ai pas le plaisir de connaître Élise, mais sa question, bien simple, m’a interpellé: que s’est-il passé pendant son absence dans notre univers de web et de médias sociaux?

Ouf. Quelqu’un se souvient vraiment de l’état des lieux, il y a un an?

Il y a Facebook qui a copié Snapchat avec des stories. Et toutes sortes de stickers et d’effets spéciaux. Tout ça s’est transporté aussi sur Instagram. Ah d’ailleurs, on peut les partager sur les deux. Et sur le BM, on peut voir les réactions et commentaires Instagram, mais on ne peut pas publier sur Instagram. En tout cas, peut-être le mois prochain, qui sait?

Facebook favorise les actualités. Non, les posts de pages de qualité. Non, les vidéos en direct. Non, les vidéos verticales. Non les vidéos en Première diffusion maintenant. Quoi, c’est pas YouTube qui fait ça? Non, Facebook aussi. Ah non, plus maintenant, ils ne favorisent plus les vidéos en Première, c’est les groupes qui ont la faveur de l’algorithme. Les pages peuvent être membres de groupes. Ah, non, plus maintenant. Ah si, avec permission. Non, maintenant, c’est les stories qui sont à la mode. Peut-être les stories dans les groupes finalement. Tiens, même les voeux de bonne fête sont des stories maintenant. Ou pas. Merdouille, j’ai perdu la moitié de mon reach organique en décembre, qu’est-ce qui se passe gang? Ah tiens, les posts entre amis performent mieux dans le fil. Ah, tiens Facebook copie Tinder. Ah, mais tu ne l’as pas toi? Non, c’est en déploiement progressif. Juste pour les comptes vérifiés en premier? Coudons, le BM as-tu planté? Mes posts programmés ne se publient plus? Quoi? Des stories dans Messenger? G+ be-bye!

Attends, y a quelqu’un qui vient de me souhaiter bonne fête dans LinkedIn? C’est quoi ça, LinkedIn joue à Facebook? Manque juste des photos de chats! Quoi, il y en a? Creator studio? C’est dans YouTube ça? Elle est où la !/$?”$%/? page de programmation des vidéos en direct de YouTube? Ah, mais le Creator studio, c’est dans Facebook aussi?

T’as essayé les vidéos dans Instagram? Les stories tu veux dire? Non, les vidéos. Ah oui, 59 secondes. Ben non, 10 minutes, dans IGTV! Ou 20 minutes? Comment ça, je l’ai pas moi IGTV? Hé hé, on peut faire des vidéos sur LinkedIn par exemple! En passant, sont-tu mort les groupes sur LinkedIn ou pas?

Oups! Armageddon: #facebookdown #instagramdown — tout le monde sur Twitter pour se plaindre! Ah ben tiens donc, il y a un mode dark sur Twitter, vous aviez vu ça guys/gals? Hé bin, Twitter ne nous montre plus automatiquement le dernier tweet en premier, un algorithme eux aussi?

C’est-tu le même gars qui m’a écrit en DM sur Instagram, qui a posté dans le groupe FB et qui nous a envoyé un WhatsApp? Je pense que je vais lui répondre par fax…

Je suis presque essoufflé juste à l’écrire, mais c’est comme ça que je me sens: essoufflé.

Tout le monde se copie, toutes les plateformes finissent par se ressembler et offrir des fonctionnalités similaires. Et ça change en continu. L’effet des algorithmes est de plus en plus évident et selon l’humeur du moment, les efforts qu’on a investi pour avoir du contenu adapté à telle fonctionnalité deviennent presque caducs parce que c’est telle autre fonctionnalité qui est désormais la saveur du jour et favorisée par les algorithmes.

Dans une organisation, peu importe la taille, se virer de bord pour s’adapter à l’évolution des plateformes n’est pas toujours évident. Passer des vidéos horizontales, aux vidéos carrés, aux vidéos verticales, longues ou courtes ou moyennes, avec du texte et des graphiques en couches par dessus ou pas, éphémères ou pas, des émojis pis toutes sortes de patentes qui flashent et qui s’allument, en 360 degrés, en VR ou en AR… Pas évident. Le temps de maîtriser, non, même pas, de s’initier à la chose que pouf, on est rendu ailleurs!

Et je n’ai pas parlé des influenceurs. Les vrais, les faux et les traficoteurs d’influence. Et je n’ai pas parlé de pub. Dans tout ce qui est message instantanée et dans tous les fils d’actualités de tous les réseaux, en format mobile et dans les stories, sur Spotify, dans les réseaux d’audience (kessé, ma pub de Commission scolaire est dans Tinder?). T’as-tu vu le nouveau format de pub quand tu scrolles dans Tumblr?

Ce n’est plus le médium qui est le message, c’est le format.

Et mom auditoire, il est où? Les milléniaux quittent Facebook pour Instagram. Non, c’est que les jeunes sont sur Snapchat. Non, les plus jeunes sont sur TikTok (je peux-tu mettre de la pub sur TikTok, tu penses?). Sont où les plus vieux? Les jeunes adultes? Ya-tu encore du monde sur Twitter? Quoi, tu fais des affaires sur Pinterest? Pis gang, qui fait des podcasts ici? Ça vaut la peine? Ouin… c’est plus facile de cibler le type professionnel sur LinkedIn que sur Facebook? Oui, mais ma cible d’âge est plus Facebook…

Quand on est des gens de contenu (c’est plus mon cas), c’est un peu décourageant. Les projets ou campagnes qui se déroulent sur plusieurs mois ou qui reviennent à chaque année nous obligent à adapter nos formats constamment, des fois en cours de route. On doit tout revoir régulièrement. Et tout semble plus éphémère que jamais. Tout va bien quand on est des grosses équipes (ha ha, qui a ça des grosses équipes!)

Heureusement, au moins, il nous reste les bases: positionnement, messages clés, auditoires cibles, contenus de qualité, ce genre de choses continuent d’être les éléments essentiels de nos stratégies. Mais il faut développer notre flexibilité et notre vitesse de réaction. Maîtriser les nouveaux outils rapidement. Mesurer, mesurer, mesurer pour savoir si on s’en va dans la bonne direction.

Je ne sais pas, Élise-Eleonorre-que-je-ne-connais-pas, si ça répond à votre question, probablement pas! J’ai un peu caricaturé, peut-être même exagéré (mais si peu!). Je vous avoue que ça m’a fait un peu de bien de me défouler!

Allez, bon retour!

Le vide

Le théâtre est toujours un peu politique.

Photo by Roi Dimor on Unsplash

Je suis allé voir Première neige / First Snow au Théâtre de Quat’Sous hier soir. Parce que j’avais lu ce billet sur le blogue de Clément Laberge, qui a piqué ma curiosité. Clément, ex-candidat aux élections provinciales sous la bannière du Parti Québécois, a été particulièrement touché par cette pièce.

Puis, j’ai entendu Isabelle Vincent en parler dans la balado de Fred Savard, ce qui a achevé de me convaincre. Comme c’était la semaine de ma fête, je me suis fait un cadeau, de moi à moi.

J’en suis sorti moins ému que Clément, mais tout de même bouleversé. Une pièce qui parle de destin, de référendums, de ce qui nous différencie et de ce qui nous rassemble mais qu’on ne voit pas toujours. J’en suis sorti en ressentant le vide, un grand vide, celui que je sens depuis plusieurs années, côté projet de société. Une espèce de traversée d’un interminable désert.

Qu’on soit pour ou contre l’indépendance, la souveraineté ou peu importe comment on l’appelle, il y avait derrière cela un projet pour la société québécoise. Ce projet est peut-être dépassé pour les uns ou encore d’actualité pour les autres, c’est difficile à dire, le débat se fait à partir des tranchées et on tourne en rond, sans vouloir comprendre l’autre. (La pièce souligne bien ça, d’ailleurs, à mon avis, entre autres choses.)

Mais quel projet de société nous propose-t-on aujourd’hui? Quelqu’un saurait répondre? Je suis assez embêté, je ne sais pas trop quelle étiquette, quels mots clés, quelle direction mettre sur les propositions de nos partis politiques ou des projets collectifs qui sont débattus sur la place publique.

Quels projets collectifs au juste, d’ailleurs? Réduire la taille de l’État? Rembourser ou non les surplus d’Hydro-Québec? Construire ou pas un troisième lien routier entre les deux rives à Québec? Dire qu’on veut un état laïque, mais conserver le crucifix au Parlement? C’est ça, nos grands débats? Ce n’est pas ça ma définition d’un projet de société. Je veux un idéal que je voudrais atteindre, qui pourrait me mobiliser, qui pourrait me motiver à déplacer des montagnes.

On ose rarement. Deux référendums plus tard, on n’a rien de grandiose à me proposer autrement que s’attaquer les uns, les autres. On «wedge» la politique: c’est comme ça qu’on se fait élire, j’en ai bien peur. De temps en temps, un certain espoir s’allume. L’élection provinciale de 1976 a été un de ces moments pour plusieurs. Tout comme la vague orange de 2011. Il y avait une notion du possible, proche des gens. Je dirais que les carrés rouges de 2012 allumaient le même genre d’espoir, de révolte. Mais ensuite, quelles retombées? Rien. Vide. Comme le lance Isabelle Vincent dans la pièce.

Au moins, il y a les jeunes. Qui manifestent parce qu’il y a crise climatique dont plus ou moins personne ne veut prendre la responsabilité ni prendre le véritable leadership pour changer les choses. On leur reprochera d’être idéalistes, de vouloir se tailler un vendredi de congé. Mais voilà au moins une vision. Une volonté de changer le monde qui pourrait être un projet de société. Un autre espoir allumé. J’espère qu’il ne s’éteindra pas comme feu de paille.

Toujours un peu politique le théâtre. Particulièrement quand il nous fait réfléchir sur l’avenir du monde, sur l’immobilisme de la pensée et sur nos idéaux. S’il nous en reste encore. S’il y en a une vieille flamme au fond de nous-mêmes qui ne demande qu’à être rallumée par le souffle de nos héritiers.

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Bannir le transport aérien pour améliorer son bilan GES?

Source: BriYYZ from Toronto, Canada [CC BY-SA 2.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)] via Wikimedia Commons

Faut-il s’empêcher de prendre l’avion pour aller en vacances dans le sud (ou ailleurs) afin de réduire sa contribution au réchauffement de la planète?

Voilà un sujet dont on discute beaucoup ces derniers temps. On parle de l’avion comme d’un plaisir coupable. Certains vont jusqu’à affirmer qu’il ne faut plus prendre l’avion parce que les émissions par kilomètre sont beaucoup plus élevées si on prend l’avion.

D’après diverses sources, la contribution du transport aérien aux émissions de GES varie entre 2,2% (selon l’Air Transport Action Group ou ATAG) à 3,2% (selon l’Agence internationale de l’énergie, mieux connue sous son acronyme anglais IEA). Je tire ces données de la page Wikipédia sur l’Impact climatique du transport aérien où vous trouverez de multiples détails et infos complémentaires sur ce sujet (et, détail «amusant», sur l’impact des changements climatiques sur le transport aérien, quand on parle de cycle de vie, on tombe ici dans un cycle vicieux!).

Est-ce beaucoup 2–3%? Si je prends l’avion pour partir en vacances, est-ce que je gâche tous mes autres efforts faits à la sueur de mon front pendant toute l’année en évitant les emballages de plastique, en réduisant les produits transformés, en bannissant l’eau en bouteille, en réduisant ma consommation de viande, en recyclant et en compostant, en consommant local, en buvant du lait d’avoine et tout le tralala? Grand débat.

Mon avis personnel sur ça: nos efforts faits dans tous les secteurs comptent. On ne les annule pas si on prend l’avion, tous nos autres efforts continuent de réduire les émissions de GES, d’autant plus qu’on aurait pris des vacances quand même et qu’on n’aurait pas pu aller à Cuba en vélo.

Réduire, ça veut dire réduire

Perso, j’ai tendance à regarder mes activités et tenter de faire ce que je peux pour réduire ma contribution aux changements climatiques. C’est ça mon engagement lié au pacte pour la transition.

Ces dernières années, j’ai pris l’avion pour des vacances à raison d’un vol aller-retour par année. Je vais sauter une année. Je viens de réduire ma contribution de 50% sur mon bilan de transport aérien. C’est énorme.

Je ne suis pas végétarien de religion, mais j’ai réduit de beaucoup ma consommation de viande, de produits laitiers, etc. De 3, 4 ou 5 soupers avec viande par semaine, peut-être plus, c’est plutôt 1 ou 2. C’est important si on regarde l’impact de la production de viande de boeuf (par exemple) sur l’émission de GES: 10 à 40 fois celui des légumes et des céréales, d’après le World Ressource Institution, cité ici. Plus de tofu et de légumes, moins de viande. Impact positif sur les GES. (Sans compter que mon médecin devrait être content parce que mon bilan de cholestérol sera nécessairement meilleur au prochain contrôle!)

J’ai la «chance» d’être intolérant au lactose et bien qu’il y a de plus en plus de produits laitiers sans lactose, j’ai décidé de m’orienter vers les boissons végétales (qu’on ne peut pas appeler du lait, apparemment…) comme la boisson de soya (version spéciale pour le latte) ou d’avoine (pour le reste). Impact sur les GES: positif.

Évidemment, dans notre choix à cet égard il faut faire attention: j’aime bien le goût de la boisson aux amandes, sauf que l’impact écologique de la production des amandes est assez important en Amérique du Nord, les amandes étant surtout produites en Californie et leur production nécessite beaucoup d’eau dans un état qui est confronté avec des enjeux de nappe phréatique. Sur ce sujet, je vous invite à écouter (ou lire la transcription) de l’excellent balado Science Vs qui a fait un épisode sur les «laits» alternatifs en octobre dernier.

Je sais que je devrais faire mes biscuits moi-même à partir des délicieuses recettes léguées par ma grand-mère (en remplaçant le lait de vache par une boisson végétale, par contre!), mais à défaut, si j’achète des biscuits en vrac ou dans des boîtes de carton recyclable à l’épicerie plutôt que des emballages plastiques que je dois jeter à la poubelle pour enfouissement, c’est déjà mieux.

Mon ex-conjointe et moi avons une voiture en «garde partagée» (la voiture suit les enfants). Un bilan qui est nettement meilleur que si on avait décidé d’avoir chacun une voiture en se séparant. Cette voiture a cinq ans, très peu de kilomètres au compteur, elle est bonne pour encore plusieurs années, ce qui amortit d’autant l’impact environnemental de sa fabrication. C’est dommage, elle n’est ni hybride ni électrique, mais la remplacer immédiatement par une nouvelle voiture, plus écolo à l’usage, causerait un impact probablement plus grand lié à la fabrication dudit nouveau véhicule. Et quand je n’ai pas le véhicule partagé, j’utilise Communauto et je choisis des petites hybrides. Impact positif.

Modérons nos transports

Ce qui nous ramène aux transports. En fait, au Québec, ce sont effectivement les transports qui contribuent le plus aux émissions de GES, à hauteur de 43% en 2016, suivi par l’industrie à 30,1%.

Et au chapitre des transports, c’est le transport routier qui est le grand coupable.

À lui seul, le transport routier, qui comprend le transport par motocyclette, automobile, camion léger et véhicule lourd, a rejeté 27,0 Mt éq. CO2 dans l’atmosphère en 2016, soit 80,1 % des émissions provenant des transports.

Ces chiffres proviennent de l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016 et leur évolution depuis 1990, publié par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec en 2018.

Dans le segment du transport routier, ce sont les automobiles et les camions légers (ce qui comprend les VUS, les fourgonnettes et les camionnettes) qui contribuent pour près des 2/3 du segment.

Tiré de: «Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016 et leur évolution depuis 1990», ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec, 2018, page 24.

(Pour ceux que ça intéresse, le transport aérien représente 0,9% de l’ensemble des émissions en 2016 au Québec.)

S’asseoir sur nos lauriers?

Donc, ce n’est pas grave si je prends l’avion? Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je ne crois pas c’est la fin du monde si on prend l’avion à l’occasion. Et que ça «annule» tous nos autres efforts. Par contre, il faut peut-être faire attention à ne pas augmenter nos déplacements en avion, voire essayer de les réduire. Et se poser la question de savoir si tous nos rendez-vous d’affaires à l’autre bout du pays ou de la planète doivent absolument se faire en personne ou si on ne peut pas remplacer certains de ces déplacements par des visioconférences. Si on peut gagner quelque chose ici, faisons-le.

Tous les efforts comptent, aussi petits soient-ils. Surtout, chaque geste qu’on pose est une prise de conscience, une réflexion sur nos habitudes de consommation. Ils donnent l’exemple à nos enfants, à nos amis, à nos collègues. Ils permettent de s’imprégner des réflexes de développement durable que nous transporterons ensuite dans nos milieux de travail et dans la planification de nos projets. C’est une forme de réverbération des efforts personnels, un espèce d’effet viral. Si le fait de manger du tofu (par conviction environnementale) me fait aussi penser à acheter des camionnettes hybrides au moment de remplacer la flotte de transport à l’usine, on a gagné quelque chose, on a gagné beaucoup.

Et si on veut concentrer nos énergies sur quelque chose à l’échelle macro, les transports routiers, mais aussi les procédés industriels, sont certainement des endroits où mettre en place des politiques qui donneront des résultats majeurs, à terme. Des stratégies qui visent à développer les transports en commun (on voit déjà qu’ils ne suffisent pas à la demande, à Montréal par exemple) et à développer des procédés industriels moins gourmands en ressources énergétiques à base de combustibles fossiles devraient faire partie de nos visions à court, à moyen et à long terme.

Pensez-y en buvant votre prochain soy latte. 🙂

Partage d’information avec des partenaires

Avec combien de partenaires au juste? Plusieurs.

Photo by Markus Spiske on Unsplash

Vous avez peut-être déjà lu un article sur www.cnetfrance.fr? Oui, sans doute.

Mais avez-vous lu les Paramètres de gestion de la confidentialité? Nah. Qui lit tout ça, de toute façon…

Mais allez-y, juste pour voir. Cliquez, c’est complètement en bas de page (choisissez un article pour aller en bas de page, c’est plus facile, autrement vous arriverez difficilement à atteindre le bas de page, elle semble infinie…).

Si on clique sur ce bouton, voici qui apparaît, une fenêtre popup, qui vous indique que vous n’avez qu’à accepter gentiment. Mais il y a un petit lien, dessous le gros bouton “J’accepte”, qui me propose de “Paramétrer les cookies”. Je n’ai pu résister, je clique.

Lorsque je clique, m’apparaît alors une nouvelle boîte qui m’explique comment sont utilisées mes données et surtout qui me dit:

Vous pouvez configurer vos réglages et choisir comment vous souhaitez que vos données personnelles soient utilisée en fonction des objectifs ci-dessous. Vous pouvez configurer les réglages de manière indépendante pour chaque partenaire. Vous trouverez une description de chacun des objectifs sur la façon dont nos partenaires et nous-mêmes utilisons vos données personnelles.

Vous remarquerez sans doute que vous pouvez tout refuser ou passer chaque catégorie de paramètres (il y en a dix) et désactiver chacun des paramètres. Il y a d’ailleurs un bouton pour tout refuser, ce qui simplifie les choses.

Comme je suis curieux, il y a un lien, dans le bas de cette fenêtre qui a attiré mon attention: Afficher la liste complète des partenaires. Encore une fois, je n’ai pu résister et j’ai cliqué.

Apparaît alors une liste de tous les partenaires tiers avec qui Cnet France a des relations d’affaires et qui peuvent, si vous l’acceptez, utiliser les données accumulées lors de votre accès ou navigation dans le site en question.

Pour chaque partenaire, comme on nous y invite, on peut déplier un accordéon et avoir plus de détails sur les informations utilisées et accéder aux politiques de confidentialité afin, nous dit-on, de faciliter notre décision. Ce qui donne quelque chose comme ceci:

Jusqu’ici ça va, enfin, selon notre sensibilité à partager certaines informations comme notre localisation précise ou la conservation de nos informations par des tiers (je m’interroge un peu sur ce que veut dire “Liaison d’appareils”?, mais bon, j’ai tout désactivé, alors…)

On passe au partenaire suivant, toujours par curiosité. Vous vous dites, il doit y avoir quelques partenaires. Mais voilà, vous défilez la liste et la liste continue. Et vous savez quoi? La liste de ces partenaires est assez longue: il y en a 455 en fait. Oui, 455 partenaires ont accès à diverses données liées à votre navigation sur le site de Cnet France.

455.

Huit réponses à huit questions sur le numérique

Y a-t-il de la lumière au bout du tunnel?

Yves Williams, Clément Laberge et Martine Rioux ont parti le bal en posant des questions pertinentes sur le numérique aux partis politiques. Quelques-uns se sont risqué à y répondre, certains candidats l’ont fait (aux dernières nouvelles, comme le souligne Clément Laberge à la fin de ce billet…) et d’autres se font encore attendre.

Interpellé par Yves sur Facebook, j’ai pris le clavier pour y répondre. Sans plus de présentation, voici donc ce que j’en pense.

A- INNOVATION

On revient souvent à discuter de cas comme Uber, AirBnb, ou quoi encore. Je me demande à quel point on peut qualifier ces plateformes d’innovation. Les questions qui se posent sont beaucoup plus au niveau de notre encadrement légal qui est une conséquence de nos choix de société.

Dans le cas d’Uber, c’est plus l’encadrement ou la dynamique de l’industrie du taxi qui est remise en question. Cette remise en question est peut-être amenée sur la table par la technologie, une app mobile.

La question est de savoir si on doit autoriser quelque chose simplement parce que la technologie le permet et qu’une « génération » (ou un sous-ensemble de la société, ce n’est pas vraiment une question d’âge) en est friande si ce quelque chose transgresse ouvertement nos lois et nos règlements.

Sommes-nous d’accord ou non de revisiter nos lois, nos principes et nos règles de vie en société, tout ça parce qu’une app est disponible.

Il faut faire des choix qui sont en accord avec nos valeurs. Si nos valeurs sont totalement envers le libre marché, alors enlevons toutes règles et laissons libre cours à la concurrence sauvage dans tous les domaines que nous le désirons.

Or, dans la société québécoise, j’ai l’impression que nous avons une petite réserve à cet égard et que nous sommes à peu près d’accord sur un certain contrôle ou le respect de certaines règles.

Ceci s’applique, par exemple, à la possibilité de faire appel à un service de transport en toute sécurité, tant au niveau du véhicule lui-même que de la confiance envers le prestataire de service. Tout en sachant que le prestataire de service peut honnêtement gagner sa vie pour assurer sa subsistance. Ça aussi c’est une question à débattre.

Si on confie à l’État ou à ses mandataires la responsabilité de nous donner ces assurances, cela va nécessairement se traduire par un encadrement, des règlements, des tarifs, etc. Je ne crois pas tellement à l’autoréglementation des industries. Les intérêts des parties prenantes sont trop divergents.

Est-ce nous sommes toujours en accord avec le cadre ou les règlements qui sont en vigueur? Peut-être que oui, peut-être que non. C’est plutôt dans ce sens-là qu’il faut amener la discussion. La discussion n’est pas si technologique que ça.

Il faut avoir le courage d’en discuter et de prendre les décisions qui s’imposent dans les circonstances. Il faudra aussi remonter à la source et peut-être se rappeler quel est le contexte qui nous a amenés à l’origine à prendre des décisions qui ont débouché sur des règles, des lois, des règlements qui encadrent certaines industries.

La logique du modèle d’affaires économique ne doit pas prévaloir juste parce que celui-ci existe, rendu possible par les technologies. Et l’attrait de payer le moins possible pour un service n’est pas la seule considération qu’on doit avoir. Si égoïstement, le fait de payer moins cher nous donne l’impression de gagner quelque chose, est-ce qu’on ne fragilise pas la situation d’un autre être humain quelque part? On devrait peut-être se poser la question de qui profite vraiment de cette économie? Qui en souffre?

AirBnB, c’est encore dans les manières de contourner des lois et des règlements que ça fait mal. Ce n’est plus vous ou moi qui rendons une chambre disponible à l’occasion, c’est une industrie touristique parallèle. Ce n’est pas un problème technologique, c’est un problème de planification et de gestion urbaine. On sent des effets négatifs à Lisbonne, Barcelone et certainement ailleurs. Ce n’est pas uniquement uniquement lié à l’effet AirBnB, mais ça y participe.

Ceci dit, en pleine campagne électorale, on se rend bien compte que ce ne sont pas les réflexions globales sur des principes et des contrats sociaux qui prennent toute la place. Au risque de caricaturer, on préfère en général distribuer des petites promesses à gauche et à droite, à chaque segment de clientèle. (Il y a tout un éditorial à écrire sur ce seul sujet…)

En fait, réfléchir à l’innovation dans une société et la soutenir, c’est tellement autre chose que ça.

Est-ce que j’ai confiance que le prochain gouvernement soit un peu plus visionnaire en termes d’innovation, en particulier celles qui sont liées ou induites par la technologie? Et en matière de rapidité à encadrer (ou réviser les cadres) ce que les technologies remettent en question?

#pastellement

B- STRATÉGIE NUMÉRIQUE ET ADMINISTRATION PUBLIQUE

Seigneur, on parle encore de ça. D’ailleurs en introduction Yves nous ramène en 1995 à ce qu’on appelait alors la stratégie (ou politique) de l’autoroute de l’information, avec un secrétariat à l’autoroute qui aurait pu devenir, qui sait, un ministère du numérique.

C’était à peu près l’époque où on écrivait les premiers articles dans nos publications spécialisées expliquant à nos lecteurs ce que l’Internet et le Web allaient changer. En les conjurant de s’y préparer en conséquence. En avertissant que « la game allait changer ».

Quasiment 25 ans se sont écoulés. Et bien, grande nouvelle : on avait raison, la game a changé.

Est-ce que nos gouvernements ont suivi? On sait tous que les grandes organisations sont lentes à bouger, mais là, on bat des records. Imaginez si les banques étaient aussi lentes, on serait encore en file (et pas en ligne!) au comptoir pour encaisser notre chèque de paie. On serait loin de l’application mobile pour faire des virements de personne à personne ou du paiement par puce NFC interposée sur nos téléphones.

Je me souviens encore d’un de mes premiers articles sur le dossier médical électronique traitait de la carte soleil à puce qui était à l’essai à Rimouski, autour de 1988 ou 1989. En 2018, entre un GMF et un hôpital pourtant juxtaposés et communiquant physiquement, il faut encore demander un transfert de dossier papier, avec 24 ou 48 heures de délai… Alors que la banque peut m’autoriser un prêt presque instantanément en accédant en quelques secondes à mon score de crédit, lequel est fourni par un tiers.

J’ai probablement usé de toutes les suggestions et de toutes les propositions dans des éditoriaux, des commentaires ou des articles passés. Je ne sais plus trop quoi avancer pour qu’on avance rapidement.

Le numérique, c’est comme le développement durable. Ça concerne tout le monde, dans toutes les directions. Il faut simplement en prendre conscience et s’en imprégner. Il faut aussi laisser venir le changement par le bas. Quand ça vient trop par le haut, quand on choisit de réinventer la roue, ça peut nous donner de beaux Phénix. Ou des Gires. (Je sais je tourne les coins ronds, mais vous comprenez ce que je veux dire.)

On a besoin d’un commando de choc qui se promènerait de ministère en organisme gouvernemental, qui choisirait les processus les plus lents ou les plus susceptibles d’être numérisés et qui les numériseraient. Comme le changement d’adresse à l’époque.

On pourrait appeler ce commando le secrétariat à l’autoroute de l’information, tiens!

Mais pas un ministère du numérique. C’était peut-être intéressant il y a 20 ou 25 ans, quand il fallait en faire la promotion. Mais aujourd’hui, je suis contre l’idée d’enfermer le numérique dans un silo ministériel. C’est opérationnel. C’est dans le tissu transversal que ça doit s’implanter, pas autrement. C’est un peu comme si on avait créé un ministère du Formulaire à une autre époque.

Est-ce que ça va changer après les élections, peu importe qui sera élu? Vous vous souvenez de l’époque de la réingénierie de l’état? Est-ce que les choses ont beaucoup changé depuis?

#pastellement

C- ACCÈS À L’INFORMATION

Il fut une époque où le Québec était un exemple en matière d’accès à l’information. Mais notre administration publique semble être devenue une organisation contre laquelle il faut se battre pour avoir accès au résultat de ce pour quoi nous payons avec nos taxes et nos impôts. Ça ne touche peut-être pas le gouvernement provincial et les élections en cours, mais rappelons-nous à titre de cas de figure l’interminable saga des billets vendus ou donnés de la formule électrique. Est-ce qu’on l’a eu l’information finalement? Oui, je sais, on a fini par l’avoir, mais on se souvient beaucoup plus de l’épopée à poser la question que de la réponse elle-même.

Mais la transparence est à géométrie variable. On est prêt à être transparent tant qu’il n’y a pas de conséquences politiques appréhendées, des questions ou des remises en questions. Et encore. Ce qui nous porte à nous demander au service de qui l’administration travaille. L’obscurantisme sème le doute. Qu’est-ce qu’on essaie de nous cacher?

À mon sens, les données ouvertes sont dans le même panier que l’accès à l’information plus traditionnel. Ce n’est qu’une question de format d’information.

Les logiciels libres font-ils partie du même débat? Je n’en suis pas persuadé. Ce commentaire a été écrit avec Libre Office et j’aurais tout aussi bien pu l’écrire avec Google Docs. Ou Word. Ou n’importe quoi. Le débat n’est sans doute pas au niveau de la plateforme d’applications bureautiques. À cet égard, toutes ces plateformes sont pratiquement identiques au niveau des fonctionnalités. Le reste est une question de prix, de considérations techniques, de résistance au changement et de choix personnels.

J’ai quelques fois l’impression qu’il y a des joueurs du monde des technologies qui font du lobby pour les logiciels libres parce que ça fait bien leur affaire (et leur chiffre d’affaires).

C’est clair que je crois qu’une organisation publique doit s’interroger sur la meilleure manière de remplir sa mission efficacement au meilleur coût possible, et le coût d’acquisition d’une solution logicielle qui soutient cette mission doit faire partie de l’équation. Et on se doit d’être transparent à ce sujet, oui, là on rejoint peut-être la notion d’accès à l’information.

Cependant, le coût d’acquisition n’est qu’un élément de l’équation. Vous vous souvenez de la notion de coût total de propriété? Ceci dit, même (surtout?) dans le cas des suites bureautiques, lesquelles sont assez stables et matures, il faut que les logiciels libres fassent partie des solutions considérées.

Dans le monde des entreprises, l’utilisation de certaines solutions peut donner un avantage concurrentiel qui permettra de gagner des parts de marché. L’efficacité d’une application de gestion logistique. La performance d’un système d’analyse des données massives pour identifier les tendances. On pourrait faire une longue liste des applications et systèmes stratégiques d’une organisation. Le choix de la solution la plus performante, celle qui procure l’avantage, celle qui colle le mieux à la stratégie, n’est pas nécessairement une solution libre. Le coût total devient alors partie de l’équation du rendement sur investissement. Et en plus, ce n’est pas l’argent des citoyens.

Est-ce que cette dynamique se transpose dans le monde des services gouvernementaux? Est-ce que la manière de gérer le bulletin scolaire/les achats d’équipements/le dossier médical/etc. nécessite une solution différente en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick? Je ne crois pas (bien que je n’ai aucune idée de ce qu’on utilise pour gérer le dossier scolaire et le reste dans les différentes provinces du Canada). Est-ce qu’il y a de la concurrence entre les provinces à cet égard? Est-ce qu’elles ne devraient pas travailler ensemble pour se partager des solutions libres pour remplir leur mission?

Est-ce que je suis optimiste qu’un prochain gouvernement changera son approche à cet égard?

#pastellement

D- COMMERCE EN LIGNE

J’ai déjà commenté un peu ce sujet dans le billet de CFD. Il y a dans ça toute une question de réseau de distribution. On ne réinventera pas Amazon, ni Facebook, ni Netflix en version québécoise. Il est un peu trop tard pour ça.

Mais utilisons-les au maximum, dans la mesure où les plateformes existantes peuvent répondre à nos besoins. On ne peut certainement pas s’attendre à ce que tous les artisans et tous les commerces locaux se créent une boutique en ligne autonome. Dans bien des cas, une boutique dans une plateforme existante sera une bien meilleure solution. Et si c’est utile et pertinent, un simple site web comme un point de présence, comme une carte de visite conçue pour apparaître dans les recherches.

Il y a des services et des achats de proximité. Acheter son épicerie en ligne fonctionne mieux chez IGA par chez nous que chez Amazon. Les pâtes fraîches du jour chez le petit détaillant artisanal pas loin de chez nous. Les matériaux pour construire une étagère sont plus simples à acheter chez le quincaillier du coin. Le comportement du consommateur est ce qu’il faut prendre en considération dans la problématique du commerce en ligne.

Il faut aussi que les règles du commerce soient appliquées équitablement à tous les joueurs. Sinon, le modèle économique revient à une forme d’évasion fiscale et de contournement des lois. Si ça prend de la coordination internationale, n’y a-t-il pas des organismes pour ça?

Mais arrêtons aussi de croire que tout a été « disrupté » par Amazon. C’est toujours du commerce. Steven Sinofsky a un point de vue intéressant sur ce sujet à lire ici.(Pour ceux qui ne le connaissent pas, Steven Sinofsky est l’ex-président de la division Windows de Microsoft.)

Par contre, je suis assez favorable à trouver des manières d’augmenter le niveau de connaissance des entrepreneurs, des artisans et autres commerçants à l’égard des solutions de commerce en ligne. Tout comme ils et elles devraient connaître la comptabilité et les règles fiscales. Le marketing et la gestion des ressources humaines.

On ne peut pas le faire à leur place. On peut favoriser l’apprentissage, avec des programmes courts et spécialisés. Ou mutualiser des ressources à cet égard. Est-ce que ça peut faire partie de la mission du gouvernement de soutenir les entreprises à se développer, par la formation? Oui. De créer les places de marché? Non.

Est-ce que je pense qu’on va avancer plus vite dans ce domaine après les élections?

#pastellement

E- CULTURE

Le numérique est-il une menace ou opportunité? Clairement les deux : c’est une autoroute à deux voies. On a autant accès à la planète pour proposer notre contenu que pour accéder à celui des autres.

Idem que pour Amazon en commerce électronique, servons-nous des réseaux de distribution (comme Netflix), si c’est possible. Je pense que Tou.tv est une belle plateforme qui a du potentiel et qui a sa place, surtout depuis qu’on peut y trouver du contenu de plusieurs chaînes, mais dépêchons-nous d’étendre massivement la sélection de contenu, sinon on risque d’être dépassé. Comprenons que la tendance actuelle au niveau du comportement du consommateur est d’accéder à du contenu à la demande, avec le moins d’irritants possibles.

Exemple en passant — je constate qu’au moins un musée montréalais propose l’audio guide de son exposition vedette dans son app mobile (moyennant des frais) — génial! Tant de son point de vue que du mien.

Tout comme j’avais aimé le Musée d’Orsay sur CD-ROM jadis, je serais du genre à visiter une exposition virtuelle que je pourrais « caster » sur mon téléviseur avec une trame commentée ou non. Oui, je serais prêt à payer pour. Et j’espère que mon musée pourrait m’offrir ce genre d’exposition. Peut-être même éventuellement en visite immersive avec un casque de réalité virtuelle.

Et j’irais certainement voir sur place une expo de Rodin ou de Corno, tout comme une pièce de théâtre. Parce que j’aime ressentir l’émotion que ces oeuvres dégagent.

Il y a divers publics pour diverses formes de présentation. Et ça peut dépendre du temps qu’on a à accorder. Et des fois une forme nous attire vers l’autre. On ne peut, ni ne doit, rien négliger. Il faut suivre et mesure par contre, pour voir comment les choses évoluent et réviser ses choix. Abandonner des plateformes si c’est périmé.

En tant que citoyen, on a des devoirs aussi. Des œuvres culturelles, ça se paye. Le théâtre, les expositions, la musique, la danse, les arts visuels, ce n’est pas gratuit et c’est nécessaire. Il faut s’y initier et y prendre goût. Et si on l’apprécie, on paie pour, on contribue, on fait notre part.

Il faut saisir les occasions que les technologies offrent au monde culturel et oui, il est nécessaire d’en supporter le développement avec des crédits d’impôt. Tout comme on soutient le démarrage d’entreprise. Nous sommes dans un monde où l’expression culturelle et artistique qui n’est pas de grande masse (qui n’est pas commerce?) doit être aidée pour ne pas disparaître. Ça a toujours été le cas dans un petit marché comme le Québec. Est-ce que les technologies numériques changent la dynamique tant que ça dans ce domaine?

#pastellement

F- DÉMOCRATIE

Le numérique peut-il aider à la crise confiance et le cynisme envers les institutions?

Certainement. Avec leur pouvoir de diffusion d’information, par exemple, les technologies numériques sont de puissantes courroies de transmission. Mais le problème n’est pas là. À la base, il faut d’abord éliminer les raisons qui rendent la population si cynique envers leurs institutions.

Il faut arrêter de promettre qu’on livrera plus de services de toutes sortes tout en réduisant les impôts. Voyons donc. Est-ce que j’ai une poignée dans le dos?

Il faut arrêter de négliger les écoles et pendant qu’on augmente de manière indécente le salaire des médecins. Arrêter de nous faire croire qu’on peut manger à 4 sur une épicerie de 75$ par semaine. Arrêter de nous dire que la solution à tous les maux réside dans une 2e carte d’assurance-maladie et des lunchs gratuits pour aider les parents.

On n’est pas si stupides. Et si les technologies peuvent faire quelque chose c’est bien de nous faire voir de manière virale et à grande vitesse ce ridicule ne fait que nourrir notre cynisme. On n’a pas confiance aux institutions ou aux politiciens parce qu’ils ne nous inspirent pas confiance. Est-ce que l’existence du numérique peut y changer quelque chose?

#pastellement

G- ÉDUCATION

Ah, l’éducation. J’ai tellement envie de dire « don’t get me started ».

Commençons par la question d’un eCampus. Encore une fois, le problème n’en est pas un de plateforme. Il y a EduLib, Teluq, Coursera, edX, Fun et combien d’autres. Rendre des contenus de formation disponibles sur ces plateformes n’est pas si compliqué, suffit d’abord de vouloir. Mais ce ne sont pas là nos principaux problèmes en éducation nonobstant les technologies.

Il faut peut-être commencer par régler nos problèmes de dégradation du moral des enseignant-e-s. Éliminer les moisissures dans les murs et reprendre le dessus sur la maintenance des édifices.

Côté technologies comme soutien à l’enseignement, entre les Comterm à une époque et les tableaux blancs numériques plus récemment, on navigue à (courte) vue. On croit que si on achète de l’équipement, tout est réglé, on est informatisé. Quoi, il faut renouveler? Il faut l’entretenir?

Sans compter qu’on a toujours négligé la formation des enseignants au numérique. Si bien qu’on a un résultat totalement inégal. Exemple bien banal de ce que ça donne? Le prof de mon plus jeune résiste, sans doute par méconnaissance, à la communication numérique avec les parents alors que celui de ma fille ne jure que par ça. Et ça se décline partout. C’est que tout dépend de l’initiative individuelle et de l’intérêt de chacun, avec des résultats en conséquence.

Après ça, on se demande pourquoi nos jeunes ont des déficits de littératie numérique. Et quand on adopte un outil technologique, on les laisse plus ou moins à eux-mêmes ensuite (allo le virage iPad…). Et on tergiversera pendant des années au cours desquelles on ne fera plus ou moins rien.

C’est un peu comme les cours d’éducation à la sexualité. Simonac, on a les mêmes discussions aujourd’hui que lorsque j’étais au début de mes études secondaires! On ne devrait pas, on n’est pas prêt, on n’est pas à l’aise, on n’a pas eu le temps… Pendant ce temps, les enfants font leur éducation à la sexualité sur YouTube et ailleurs, sans accompagnement.

On parlait de cynisme envers les institutions, est-ce que ce genre d’attitude n’y contribue pas vous croyez?

#tellement (vous êtes surpris…!)

H- DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

Le développement régional est tellement une dynamique qui est multifactorielle que le numérique et les technologies ne sont qu’un élément dans l’équation. Oui, les technologies peuvent certainement contribuer à favoriser le développement régional. C’est là que les réseaux numériques à haute vitesse ont leur importance, en tout cas en partie. On a parlé de ça pendant la campagne électorale bien sûr (et de mémoire ce n’est pas la première fois), mais c’est quelque chose qu’on aurait dû régler il y a 15 ans. J’ai comme l’impression que ces promesses de brancher les régions sont une version moderne de l’asphalte dans les rangs de campagne à l’époque de l’Union nationale de Duplessis. Mais bon, arrêtons d’en parler et faisons-le.

Et en dehors de ça, comment peut-on assurer le développement de nos régions? Il y a des facteurs d’attraction, des considérations de potentiel et des valeurs à mettre de l’avant. Ce n’est pas tout de mettre des gros tuyaux de fibre optique pour se rendre à Chibougamau ou à Val d’Or. Il faut avoir une raison d’y rester ou d’aller s’y installer. On a tellement une culture de centralisation que tout se passe dans les grands centres.

Plusieurs partis ont promis de décentraliser l’appareil gouvernemental vers les régions. Sans doute un pas dans la bonne direction. Les régions ne sont pas qu’une mine (!) de ressources naturelles à extraire. En ajoutant une couche de services publics dans les régions, on peut donner un signe, une impulsion. Peut-être qu’on pourrait favoriser les rencontres virtuelles maintenant que nous aurons les bons tuyaux haute vitesse pour le faire. C’est certain qu’il faudrait aussi le faire entre les grands centres. Si on se déplace tous en avion ou en auto pour une rencontre sur le développement durable à (nommez une ville), est-ce qu’on ne vient pas de brûler nombre d’efforts de réduction d’émission de GES? Idem pour nombre d’autres déplacements.

Plus largement, c’est peut-être le concept lui-même de développement qu’il faut revisiter. Ce qui est un autre sujet en soi.

#tellement

— — — — — — — –

Il y a tant à dire. Nos défis ne sont pas (que) numériques, loin de là. Les technologies numériques peuvent les amplifier ou aider à les affronter. Ce sont des moyens. Nos défis sont souvent au niveau de la culture, de la balance entre l’individuel et le sociétal, des habitudes, de l’inconscience, de la vision à court terme, de l’absence de vision ou de la fuite par en avant.

Est-ce que tout ça va changer à mon avis après les élections? Vous savez ce que j’en pense. Désolé d’être pessimiste. J’ai dû perdre mon optimisme quelque part en chemin à force d’attendre.

Le seul espoir que j’ai encore, c’est qu’on cesse de croire qu’on ne peut rien contre les technologies et que tout est perdu d’avance. Ce n’est pas un problème de technologie.

Merci de vous être rendus jusqu’ici.

Image: Bureau de Nokia à Munich, par Martin Falbisoner [CC BY-SA 4.0], sur Wikimedia Commons