Lunettes numériques roses?

Alors que tout le monde se réjouit de cette «première» stratégie numérique au Québec, j’ai l’impression de casser le party en disant qu’on vient d’assister à un exercice, qui est somme toute encore assez flou, de lancement d’un énoncé d’objectifs pour une stratégie numérique.

Il faut dire qu’elle était attendue cette stratégie. Sauf erreur, on en parlait déjà au temps de Jean Charest et j’ai en mémoire une série de consultations sur cette stratégie à l’époque du (bref) gouvernement Marois. Le premier ministre Couillard en parlait en début de mandat. En somme, je crois que ça doit bien faire autour de 8 ou 10 ans qu’on la souhaite, qu’on l’anticipe, qu’on la prépare cette stratégie.

Dans les faits, on a très peu de détails sur les mesures concrètes de cette stratégie qui ne seront annoncées, finalement, que l’an prochain, pas si longtemps avant les élections.

Voici quelques éléments (choisis) que l’on retrouve dans la stratégie et qui font partie des 8 actions structurantes.

«le Plan d’action numérique en éducation et en enseignement supérieur sera dévoilé prochainement»

«Le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) fera part des actions qui seront mises en œuvre pour réaliser l’objectif 2.2 de la Stratégie numérique portant sur le développement des compétences numériques de la main-d’œuvre dans le cadre de la Stratégie nationale sur la main-d’œuvre, qui devrait être dévoilée au printemps 2018

«La Stratégie pour une administration publique numérique (Stratégie APN) sera dévoilée prochainement

«Le gouvernement du Québec appuiera le virage numérique des municipalités. Les moyens à mettre en place ainsi que les modalités de l’appui seront annoncés par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) au cours de l’année 2018

«Un premier ensemble de services numériques de santé sera offert prochainement aux citoyens.»

«… le ministère de la Culture et des Communications, en collaboration avec ses sociétés d’État, rendra publics, à compter de 2017–2018, les premiers éléments d’un plan d’action sur les données qui accompagnent les contenus culturels numériques québécois.»

On n’aura pas eu beaucoup de temps pour voir se concrétiser les dites mesures, encore moins de commencer à en voir le début d’un impact, avant de sanctionner ou non ce gouvernement. Peut-être que cette stratégie, et les éléments qui la composent seront au cœur de la prochaine campagne électorale?

On a parlé de 1,5 milliard de dollars sur 5 ans, dont 500 millions ont déjà été annoncés, ce qui nous ramène à 1 milliard d’argent frais sur 5 ans ou 200 millions par année. Il faudra voir si l’enveloppe est à la hauteur, parce que la liste des objectifs à atteindre dans cette politique est assez ambitieuse.
 
J’aimerais avoir le temps de comparer ces objectifs avec ceux de la Politique de l’autoroute de l’information de 1998 ou du rapport Gautrin sur le gouvernement en ligne de 2004… On rappelait aussi à ma mémoire le rapport Berlinguet (Inforoute Québec, 1995) qui a mené à la Politique de 1998. On est dans les mêmes registres, et je suis loin d’être certain qu’on vient de révolutionner le monde (svp qu’on arrête de dire que c’est la première politique en la matière…)

Il y a peut-être aujourd’hui l’aspect de la mobilisation et de la cocréation, qui n’étaient pas (aussi?) présents en 1998, ce qui est déjà ça de pris. Et une plus grande prise de conscience des entreprises et des organisations, à commencer par le gouvernement lui-même, de l’importance des enjeux du numérique.

Le diable est dans les détails et c’est l’exécution qui nous dira où ça nous mènera. J’espère que ça nous mènera loin en avant. J’ai bien hâte de voir les mesures concrètes qui seront annoncées en 2018. En espérant qu’il s’agira d’un tout cohérent et qu’on pourra bénéficier d’un processus de mise en oeuvre à haute vitesse… Parce qu’à l’ère numérique, le temps passe vite.

Retour vers le passé

Il y a quelques années, je suis allé voir cette pièce, Le vent et la tempête, chez Duceppe. C’était l’adaptation au théâtre par Jerome Lawrence et Robert E. Lee d’une histoire qui s’était déroulée en 1925.

Cette histoire est connue sous le nom du procès Scopes ou procès du singe. Le professeur Scopes subissait son procès pour avoir enseigné la théorie de l’évolution, ce qui était interdit par la loi de l’État du Tennessee. C’était contraire à la religion.

Les temps n’ont pas beaucoup changé. Près d’une centaine d’années plus tard, on apprenait cette semaine qu’en Turquie, on vient de retirer la théorie de l’évolution des programmes scolaires. C’est contraire à la religion.

Assez décourageant.

Hommage

J’ai l’heureux privilège d’être associé aux deux institutions d’enseignement dont les professeurs ont reçu les honneurs de la ministre de l’Enseignement supérieur Québec cette année.

Je lève mon chapeau à Julie Roberge, prof de français au Cégep André-Laurendeau (je siège au CA), qui reçoit le prix Paul-Gérin-Lajoie pour la qualité de l’engagement et de l’encadrement, la créativité et l’innovation dans les méthodes d’enseignement. (détails ici)

Bravo également à Michel Meunier, prof de génie physique à Polytechnique Montréal (j’y travaille), qui s’est vu remettre le prix Guy-Rocher pour l’excellence en enseignement au niveau universitaire. (détails ici)

On ne soulignera jamais assez l’engagement de nos profs dans la transmission de la connaissance et la qualité de leur travail. Ils et elles façonnent la société de demain en allumant les passions de la prochaine génération.

À Julie et à Michel, et à tous les autres qui sont engagés dans cette mission qu’est l’éducation et qui ne font pas nécessairement la une des médias, j’en profite pour dire merci.

Techno tous azimuts


J’ai décidé de publier ce billet aujourd’hui, comme un préambule à mon analyse du Plan d’action en économie numérique présenté récemment par le gouvernement du Québec.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai quitté une association de professionnels en TI pour retourner dans le domaine des communications. (Voir ce billet). Un des éléments qui me manquaient était le temps d’écrire des opinions ou des analyses personnelles à propos de sujets qui m’intéressent. Quelques mois plus tard, j’ai repris le clavier pour commencer à écrire le billet ci-dessous que j’ai conservé dans mes cartons pour le laisser évoluer.


J’ai souvent parlé et entendu parler de l’industrie informatique. J’en ai été un observateur pendant une vingtaine d’années. Et une forme de porte-parole pendant un autre cinq ans.

Aujourd’hui, je crois que l’expression «industrie informatique» est dépassée. Et je ne dis pas ça pour la remplacer par «industrie des technologies de l’information», expression que j’avais adoptée au milieu des années 1990 comme slogan du magazine que je dirigeais alors. Mon propos ici ne vise pas non plus à discuter de la pertinence de rebaptiser l’industrie des TI pour la nommer «l’industrie du numérique».

En fait, je crois que c’est la volonté de regrouper tout ce qui touche de près ou de loin à l’informatique, aux TI, aux TIC ou au numérique en une seule et même industrie qu’il faut repenser. Il ne s’agit pas d’un tout homogène.

L’industrie des TI (utilisons cette expression pour que ce soit plus simple) n’est pas comme l’industrie de l’aéronautique ou du pharmaceutique.

L’industrie de l’aéronautique est composée des entreprises qui fournissent des produits et services dans le domaine de l’aéronautique à des entreprises bien précises d’un marché relativement bien identifiable.

Il y a peu ou pas d’ingénieur en aéronautique qui travaille dans les banques ou les municipalités. Il y a peu ou pas de technicien en aéronautique à l’emploi des détaillants en alimentation ou des concessionnaires automobiles.

L’écosystème de l’aéronautique est un cercle relativement fermé. Le périmètre de la profession et celui de l’industrie sont assez bien superposés.

Dans le monde des TI, la perspective est différente. J’ai souvent affirmé que l’on pouvait distinguer deux axes pour définir «l’industrie des TI». Il y a sa composante verticale, les fournisseurs des produits et services en TI, et sa composante horizontale, les professionnels en TI.

Contrairement à l’industrie de l’aéronautique, ce ne sont pas tous les professionnels de la discipline qui travaillent dans les entreprises du secteur. En TI, les professionnels des TI n’œuvrent pas tous chez les fournisseurs de produits et services en TI. En fait, près de la moitié des professionnels des TI travaillent dans une industrie autre que celle des TI. (Voir ici les données tirées du récent profil de l’industrie préparé par TechnoCompétences)

Il y a des professionnels des TI dans les banques et les compagnies d’assurances. Dans les municipalités et chez les détaillants en alimentation. Chez les fabricants d’automobiles et leurs distributeurs.

En fait, il y a des professionnels des TI dans toutes les entreprises, sauf peut-être dans les plus petites PME et même là, il y a généralement quelqu’un qui est responsable des TI sans nécessairement en avoir le titre, parmi d’autres tâches, et c’est peut-être le dirigeant de l’entreprise.

Ce ne sont pas nécessairement les mêmes compétences qui sont requises ou sollicitées partout, dans toutes les organisations. Mais un spécialiste JavaScript dans une banque, un ministère ou une firme-conseil en TI, ça reste un spécialiste JavaScript. Un programmeur en C#, peu importe où il travaille, il écrit du code.

Une compétence transversale?

Par ailleurs, le niveau de compréhension et de compétence en technologies que l’on demande au travailleur moyen augmente au même rythme que se répandent au sein des organisations les outils de collaboration et de gestion d’information numérique, de services en ligne et autres technologies web. Le travailleur moyen ne programme pas, mais il utilise de plus en plus des technologies d’une complexité croissante s’il veut maximiser l’efficacité et l’impact de son travail.

Ce qui me fait dire qu’il y a non seulement le vertical TI (les entreprises de l’industrie TI), l’horizontal TI (les professionnels en TI), mais désormais aussi le «transversal TI», alors que de plus en plus d’employés non-TI doivent développer des compétences associées aux TI, à divers niveaux. Ce ne sont pas des informaticiens, mais ils doivent saisir le fonctionnement des TI pour les appliquer dans leur quotidien, comprendre, prioriser et gérer des projets, associer une vision du développement d’une organisation au potentiel des technologies.

Voilà. La table est mise, c’est ainsi que je perçois la dynamique de «l’industrie des TI» au temps présent. Un peu comme les définitions dans les premières pages d’une loi ou les pages liminaires d’une directive, histoire de s’entendre sur les tenants et les aboutissants du sujet dont on parle, avant d’aller plus loin.

Je ne vous cacherai pas que mon intention première était de poser un regard critique des différentes associations de l’écosystème TI sur la base de ce cadre d’analyse. J’y reviendrai sans doute un jour.

Mais d’ici là, je crois que ce cadre me sera pertinent au moment de décortiquer ce fameux Plan d’action en économie numérique.

À suivre.

(photo : iStock.com/Henrik5000)

Une leçon chinoise


Il y a une dizaine d’années, peut-être un peu plus, vous vous rappellerez sans doute qu’on lisait des articles où on se rassurait en disant que même si les emplois de fabrication étaient délocalisés (en Chine, par exemple) ce n’était pas si dramatique, puisqu’on conservait la conception des produits dans les économies occidentales. C’était ça le savoir. La Chine, elle, était l’usine du monde, sans plus.

Et on lisait aussi que c’était au prix du manque de respect de l’environnement et des conditions de travail que des pays comme la Chine pouvaient concurrencer les économies occidentales. Une situation qui serait insoutenable à long terme.

Hum.

Je viens de lire l’article de Valérie Borde «Le virage vert de la Chine» qui s’est récemment mérité le 1er prix de la 19e édition du Prix d’excellence en journalisme économique et financier. L’article date d’avril 2015, mais mérite vraiment d’être lu ou relu.

Pendant qu’on parle ici de commencer à penser à l’électrification des transports, la Chine veut mettre sur ses routes d’ici 2017 quelque 70 000 autobus électriques. Pendant ce temps, «À Shenzhen, dans le sud du pays, les 10 mil­lions d’habitants sont servis par 850 taxis électriques et plus de 6 000 autobus électri­ques, hybrides ou alimentés avec d’autres car­burants de substitution». Ça c’était en 2014, si je comprends bien.

À Montréal par exemple, la STM compte 1680 autobus, dont 8 hybrides (source: Plan stratégique 2020 de la STM). On «vise à ce que 95 % des déplacements en transport collectif soient électriques d’ici 2030». (source: Grands projets ­­> Électrification du réseau de surface)

Pendant ce temps, dans l’empire du milieu, on songe à exporter des concepts d’édifice à construction rapide qui pourraient être adaptés au transport par conteneur. «De cette manière, ces immeubles préfabriqués pourront être exportés par bateau. Bientôt dans un lotissement près de chez vous ?», conclut la journaliste.

De quoi se donner froid dans le dos, vous ne trouvez pas? Et on hésite, on tergiverse, on retarde, on réfléchit à se donner une stratégie d’innovation solide? On ne tardera pas à se faire donner des leçons.

Peut-être toute une râclée, finalement.

Vers de nouveaux horizons

Il y a un peu plus de cinq ans, j’ai accepté de me joindre au Réseau Action TI, qui était à un carrefour dans la redéfinition de sa mission. Une équipe au sein du Conseil de l’organisation avait auparavant oeuvré à repositionner ce qui s’appelait autrefois la Fédération de l’informatique du Québec pour en faire le Réseau Action TI.

Il y avait dans ce repositionnement une volonté de changement de cap, de faire de cette organisation, de cette association qui avait été construite à la fin des années 1970, une association moderne, sous la forme d’un réseau. J’avais déclaré à l’époque que je voyais un réseau comme beaucoup plus organique, plus flexible, une forme d’organisation dont je voulais être une partie prenante. Rappelez-vous qu’à cette époque, nous étions plus ou moins au début d’une mouvance 2.0, que la notion d’engagement de communauté se répandait non seulement sur les médias sociaux, mais au sein des organisations, des entreprises et, nécessairement, au sein d’associations comme le Réseau Action TI. Après 20 ans comme observateur de l’industrie québécoise des TI, je voulais être de ceux qui contribuent à cette transformation, je voulais devenir un catalyseur de cette transformation.

Ainsi, depuis mon arrivée au Réseau, il y a un peu plus de cinq ans, j’ai eu le privilège d’oeuvrer au sein d’une organisation qui a traversé une phase de changements importants. J’ai aimé expérimenter différents projets, de la reconception du site web, à l’augmentation de notre présence sur les réseaux sociaux, de la webdiffusion de conférences aux publications numériques. Nous avons, à l’interne, modernisé nos processus, expérimenté de nouveaux outils de collaboration, repensé le concours des OCTAS, revu nos manières de communiquer avec nos membres avant même la mise en vigueur des règles de communication par publipostage. En cette matière, comme dans chaque projet, j’ai toujours crû que nous devions avoir un comportement exemplaire en matière d’utilisation des TI: en tant que communauté de professionnels des TI, nous devions être à l’avant-garde du mouvement et des bonnes pratiques d’affaires.

Nous avons relevé de nombreux défis dont l’un des plus importants a sans aucun doute été de procéder à la fusion de nos entités composant le Réseau pour se donner une nouvelle force, un nouveau dynamisme et une plus grande cohésion. Je lève mon chapeau à tous ceux qui ont travaillé à cette réinvention historique du Réseau, notamment à l’équipe de la permanence: ce fut une lourde tâche que nous avons réussi à mener à bien.

Redéfinir le rôle d’une association comme le Réseau est un défi auquel toutes les organisations comme la nôtre sont confrontées, avec les changements amenés par la nouvelle économie numérique. Le Réseau a la chance d’oeuvrer au coeur de ce domaine et peut compter sur un Conseil d’administration en mesure de saisir les tenants et les aboutissants de ces défis.

Vous le savez tous, je suis d’abord et avant tout un communicateur. J’ai oeuvré plus de 20 ans au sein de médias spécialisés, dans le secteur des affaires et des technologies. Cet environnement me manque et après ces cinq années au Réseau, j’ai décidé dernièrement de retourner vers cet univers. Je quitte donc mon poste de président-directeur général du Réseau, en espérant que ma contribution aura permis à l’association d’avancer vers l’accomplissement de ses objectifs et de sa mission. Je l’ai fait avec passion, au meilleur de ma connaissance et avec cette conviction que l’avenir de la société et de l’économie est numérique.

Je vous remercie tous, membres et amis du Réseau, collaborateurs et bénévoles, membres de l’équipe de la permanence, de votre engagement envers le Réseau et de votre soutien. Vous êtes ceux pour qui le Réseau existe, vous avez toujours été au coeur de mes préoccupations comme dirigeant du Réseau.

J’espère avoir le plaisir de vous revoir sous peu et je vous transmets mes salutations les plus cordiales.

(Note: ce billet a d’abord été publié sur mon blogue au Réseau Action TI – le 22 mai 2015)

Le trouble dans la messagerie


La messagerie instantanée semble être l’application qu’on sert à toutes les sauces. J’aimerais mieux qu’on la standardise et qu’elle serve à communiquer. Efficacement.

Les jeux dans la messagerie.
Les applications et les entreprises dans la messagerie.
Les médias dans la messagerie.

Est-ce qu’on pourrait laisser la messagerie faire son travail de messagerie ? Outre le courriel et le navigateur web, le logiciel de messagerie instantanée est la troisième application essentielle de mon attirail sur toutes les plates-formes, de l’ordinateur de bureau au téléphone, en passant par la tablette.

J’ai deux ou trois logiciels de courrier. Peu importe l’outil de prédilection du moment, je peux toujours lire, envoyer et recevoir des courriels, peu importe ce que mes contacts utilisent de leur côté. Suffit que je sache configurer correctement mes comptes (lesquels sont tous IMAP d’ailleurs) dans les paramètres de l’outil.

J’utilise trois ou quatre navigateurs web. Peu importe le navigateur, je peux voir toutes les pages web sans problème (ou presque). J’ai mes préférences de fonctionnalités, certains sites sont mieux rendus ou plus fonctionnels dans tel navigateur, mais essentiellement, tout fonctionne.

J’ai au moins une dizaine d’outils qui permettent de faire de la messagerie instantanée. Le SMS sur mon téléphone, Google Hangout ici et là, Skype, Telegram, WhatsApp, Facebook Messenger, et autres Viber. La plupart d’entre eux me permettent de communiquer avec les autres utilisateurs qui utilisent le même outil. Mais pas entre eux.

Tel contact utilise FB Messenger alors que tel autre préfère Skype, si ce n’est la messagerie de LinkedIn. Ou encore les messages directs de Twitter. Je préfère le SMS de mon téléphone et Hangout. Pas facile de communiquer entre nous. Certains jours, j’ai l’impression de passer le plus clair de mon temps à passer d’un logiciel de communication à un autre pour rester en contact avec mon réseau.

À une certaine époque, Adium (sur Mac) et Pidgin (sous Windows) permettaient de fédérer tous nos comptes de messagerie sous un seul environnement, en consolidant nos contacts. Il fallait toujours avoir un compte de messagerie dans chacun des environnements, mais au moins, on pouvait n’utiliser qu’un seul client.

Les temps ont changé. La messagerie semble devenir une application plate-forme, un atout stratégique pour les grands joueurs du web. Pendant ce temps, on a oublié que la fonction fondamentale de la messagerie instantanée était de communiquer. Bref, rapide et efficace message envoyé en un tournemain avec une réponse à l’avenant et généralement quasi instantanée.

À quand un standard de protocole de messagerie instantanée, ouvert et accessible, pour nous permettre d’utiliser le client de notre choix pour communiquer entre nous ?

Plutôt que d’ajouter des jeux et une collection infinie d’émoticônes dans la messagerie, pourrait-on lui permettre de mieux communiquer?

C’est combien par mois ?


Quelque part au siècle dernier les arts et les oeuvres sont devenus des produits culturels. Des produits de consommation.

Tendance plus récente, on ne les achète plus, on s’y abonne. Moyennant 9,99$ par mois, j’écoute de la musique en continu sur un service de radio par Internet. Lu à partir de mon navigateur pour être transmis à ma chaîne audio par l’entremise d’un serveur média branché sur une prise HDMI et fourni par le géant de la recherche web.

D’ailleurs, le «produit culturel» consommé n’a plus la même personnalité. En le moment, j’écoute la station de radio Blues (version instrumentale) qui m’est proposée à la section Lire au salon de l’option Découvrir. Je n’écoute pas Stevie Ray Vaughan ou John Mayall. J’écoute un genre, adapté à mon contexte.

Ce n’est pas tant le contenu qu’on achète, en fait, mais le service, la connexion. Parlez-en aux artistes qui reçoivent des millionièmes de fraction de partie de mes 9,99$ contre une écoute de leur oeuvre.

Il en va de même du cinéma dont une sélection m’est servie par le truchement d’un populaire service d’abonnement. Payant ou gratuit. Je construis moi-même ma programmation en choisissant mes sources en multiplexant toutes les technologies qui me sont disponibles, de Netflix à Tou.tv, via mon téléviseur intelligent, par mon terminal télé vendu par mon constructeur d’ordinateur ou encore par le même truc du géant de la recherche web qui gérait ma musique tout à l’heure.

Il y a aussi ce service de livres sur Internet, qui me fournit des résumés consommables en 15 minutes des bouquins d’affaires ou de tendances de l’heure (ou totalement inconnus), selon une formule d’abonnement annuel.

Il ne me manque plus que des écrans de veille pour mon ordinateur ou mon téléphone portable, genre de diaporama de tableaux des peintres les plus célèbres qui pourraient m’être offerts par mon musée des beaux-arts favori. Ce sera combien par mois, dites?

L’innovation par les TI appuyée par deux mesures du budget Leitao

Si dans son premier budget, le ministre des Finances Carlos Leitao a réduit les crédits fiscaux qui s’appliquent à certains secteurs des TI, il a par ailleurs mis en place des mesures qui visent à favoriser l’innovation au sein des PME. Des mesures modestes, soit, mais qu’il vaut la peine de souligner.

Il fallait s’y attendre: tous les signaux que nous recevions de Québec dans les semaines qui ont précédé la présentation du budget le 4 juin dernier allaient dans le sens de l’austérité. Il était clair que plusieurs entités devaient trouver des moyens de réduire leurs dépenses, notamment d’opérations. Il allait de soi que certains programmes seraient touchés. Ce fut le cas de plusieurs crédits d’impôt touchant les TI. (voir note)

La révision à la baisse de ces crédits d’impôt aura certainement un impact sur l’industrie des TI au Québec. Sans les éliminer complètement, le ministre des Finances nous indique qu’il faut sans doute réfléchir à la manière d’aider les entreprises québécoises à se développer et à croître.

Favoriser l’innovation

Par ailleurs, il y a deux mesures dans ce budget qui ont attiré mon attention: l’annonce de la mise en place de Créativité Québec et une réduction de la cotisation au Fonds des services de santé pour les PME qui engagent des travailleurs dans un domaine générateur d’innovation.

1- Créativité Québec

Créativité Québec permettra d’offrir du financement aux entreprises pour les soutenir dans la réalisation de leurs projets d’innovation. Ce programme est doté d’une enveloppe de 150 millions de dollars sur trois ans et l’aide prendra la forme de prêts et de garanties de prêt.

Les activités visées par ce programme seront notamment l’acquisition de nouvelles technologies, l’amélioration de procédés de production et le développement de nouveaux produits.

Bien que les détails et les modalités de ce programme seront connus plus tard, il m’apparaît que cette initiative va dans le sens de nos préoccupations: utiliser les TI pour favoriser l’innovation et la hausse de productivité par l’amélioration continue. Pour moi, voilà un caractère essentiel du rôle stratégique des TI dans le développement de l’économie et de la société québécoise. Les TI ne sont pas une fin en soi, mais un outil stratégique qui permet aux entreprises de se développer.

Stimuler l’innovation par l’utilisation des TI, et ce, dans tous les secteurs de l’économie, va exactement dans le sens des positions défendues par le Réseau que nous avions partagé via un mémoire publié il y a déjà quelques années et qui est toujours d’actualité.

2- Réduction de la cotisation au FSS pour nouveaux travailleurs favorisant l’innovation

D’autre part, le budget instaure une forme de réduction de cotisation au FSS pour les PME afin de stimuler l’innovation. Avec l’objectif de :

« …renforcer la capacité d’innovation des PME québécoises, tout en favorisant la création d’emplois spécialisés, une réduction de la cotisation au Fonds des services de santé sera mise en place temporairement à l’égard des emplois à temps plein créés dans le secteur des sciences naturelles et appliquées. De façon sommaire, cette réduction sera accordée, jusqu’en 2020, à l’égard de l’accroissement de la masse salariale attribuable à l’embauche d’employés spécialisés. »

(tiré de: Renseignements additionnels sur les mesures fiscales du budget – 4 juin 2014 – p.9)

Plusieurs catégories de travailleurs spécialisés sont visées par cette mesure, en particulier dans le secteur des technologies de l’information:

  • Ingénieurs informaticiens/ingénieures informaticiennes
  • Analystes et consultants/consultantes en informatique
  • Analystes de bases de données et administrateurs/administratrices de données
  • Ingénieurs/ingénieures et concepteurs/conceptrices en logiciel
  • Programmeurs/programmeuses et développeurs/développeuses en médias
  • interactifs
  • Concepteurs/conceptrices et développeurs/développeuses Web
  • Techniciens/techniciennes de réseau informatique
  • Évaluateurs/évaluatrices de systèmes informatiques

Si on peut chercher le lien réel entre, d’une part, le Fonds des services de santé et, d’autre part, l’innovation par les TI, il faut surtout voir dans cette mesure un incitatif à l’innovation par l’embauche de ressources spécialisées, notamment en TI.

Encore une fois, cette mesure va dans le sens de notre avis qu’une meilleure utilisation des TI contribue au développement des organisations, comme le soulignent régulièrement nos conférenciers (voir ici et ici).  En visant les PME, on touche véritablement au tissu économique du Québec, et ce faisant, on risque d’avoir un impact structurel plus large.

Consulté il y a quelques mois sur les orientations d’une Stratégie de l’économie numérique du Québec, mon intervention allait justement dans le sens d’inclure dans cette éventuelle stratégie des mesures qui favoriseront une utilisation plus importante des TI dans les PME.

Il y a un lien à faire entre l’intensité de l’utilisation des TIC et l’innovation au sein des entreprises. L’intensité de l’utilisation passe notamment par l’acquisition de nouvelles expertises, et cela peut certainement se concrétiser par l’embauche de nouveaux experts. C’est d’ailleurs ce que le CEFRIO a voulu démontrer en développant un indice de l’innovation par les TIC.

À la lecture de ce rapport, on constate que : «Plus une entreprise ou une organisation utilise de manière intensive les TIC, plus elle affiche une intensité d’innovation élevée. Ce constat s’applique aux innovations de produit, de procédé, de commercialisation ou organisationnelles.» (p.23)

Ces deux mesures peuvent certainement être considérées comme modestes, en termes d’enveloppe budgétaire réservée, soit 150 millions sur trois ans pour Créativité Québec et 155 millions sur cinq ans pour la réduction de la contribution au FSS. Par contre, d’un point de vue stratégique, elles sont importantes pour l’orientation qu’on désire donner aux politiques de développement économique.

Il faudra attendre le prochain budget Leitao pour savoir à quel point les deux mesures favorisant l’innovation auront atteint en tout ou en partie leur cible. Il reste à voir aussi quelles seront les recommandations des deux commissions d’étude dédiées à la fiscalité et de révision de programmes, annoncés dans le discours du budget.

Et il faudra espérer que ces mesures seront éventuellement encadrées par une perspective plus large d’une Stratégie de l’économie numérique du Québec.

Le Réseau restera à l’affût des impacts de l’application de toutes ces mesures et nous continuerons d’informer nos membres de ces développements. Si vous avez des observations ou des commentaires, n’hésitez pas à m’en faire part ci-dessous.

___________

Note: Au nombre des mesures fiscales affectées, notons entre autres les crédits d’impôt pour la production de titres multimédias, les crédits d’impôt liés à la R-D et le crédit d’impôt remboursable pour le développement des affaires électroniques (CDAE), qui subissent une réduction de 20%. Dans le cas du CDAE, en outre, le plafond annuel de 20 000 $ par employé, qui devait être augmenté à 22 500 $ au 1er janvier 2016, ne sera pas majoré.

Par ailleurs, un nouveau crédit d’impôt remboursable visant à favoriser l’intégration des technologies de l’information dans les PME manufacturières, annoncé en octobre dernier, a été aboli.

(Note: ce billet a d’abord été publié sur mon blogue au Réseau Action TI – le 15 juin 2014)

Sécurité informatique et prix OCTAS: prendre garde aux généralisations

Ceux qui connaissent le Réseau savent à quel point la mise en valeur des organisations et des individus en technologies de l’information est au cœur de nos préoccupations.

Depuis la création du Réseau ACTION TI, l’un de ses premiers objectifs est de reconnaître les projets de TI qui font la fierté des informaticiens, qui transforment nos organisations et qui contribuent au développement de la société et de l’économie du Québec.

Notre principal outil pour atteindre cet objectif est le concours des OCTAS. Et nous tenons beaucoup à la rigueur de tout ce qui entoure le concours, à la qualité des membres du jury, à l’intégrité des modalités de présentation des dossiers, à la pertinence des définitions des catégories et des critères d’évaluation qui nous mènent à la sélection des finalistes et des lauréats.

Depuis 1987, nous avons considéré autour de 3000 projets à ce concours et décerné quelque 400 trophées OCTAS à des projets TI.

Cette année par exemple, nos jurys, composés d’une soixantaine d’experts de l’industrie, provenant de tous les horizons, issus de petites, moyennes et grandes organisations, publiques et privées, de diverses régions du Québec, ont étudié bénévolement les dossiers d’une centaine de projets desquels ils ont sélectionné les finalistes. Parmi ceux-ci, 18 lauréats recevront un trophée OCTAS le 24 mai prochain.

Ces 400 projets honorés au cours des ans, tout comme les 18 projets qui le seront cette année, témoignent du rôle stratégique des TI au sein de nos organisations. Pour plusieurs entreprises aujourd’hui, les TI ne jouent pas qu’un rôle de support aux opérations : les TI sont au cœur de leur modèle d’affaires s’ils ne sont pas carrément leur modèle d’affaires.Les TI permettent aux institutions bancaires de faire des prêts en un temps record, aux télécommunicateurs d’activer votre téléphone mobile en quelques minutes, aux gouvernements de livrer leurs services aux citoyens 24 h par jour, aux PME de toutes les régions d’être présentes sur un marché global et d’être des modèles d’efficacité.

Notre énumération pourrait se décliner en citant 400 exemples d’entreprises qui forment leurs employés, qui développent des marchés, qui servent les citoyens, qui aident les étudiants à apprendre, qui réinventent les médias, qui optimisent leurs processus, qui repoussent les limites des technologies.On perd toutes ces perspectives quand on limite les TI à leur simple dénominateur d’investissement ou d’échéance. Ou encore à leurs défauts et à leurs failles.Comme tous les produits et tous les services, les solutions technologiques ne sont pas toujours parfaites. Et malgré toute la science, toutes les méthodes et toutes les techniques, il arrive que certains produits technologiques plantent, que certaines failles de sécurité soient découvertes, que des sites Web doivent être repensés pour corriger des lacunes de navigation ou des fonctionnalités déficientes.

Ce genre de situation se produit, tant chez les grandes organisations que chez les plus petites, sans égard aux moyens mis en place et aux ressources disponibles pour les éviter. Et le fait de remporter un prix OCTAS ou non, n’est pas lié aux considérations de sécurité d’un projet, d’une application ou d’un site Web parce que ce n’est pas un critère que notre jury est en mesure d’évaluer ou d’analyser. La sécurité, plus précisément les risques liés à la sécurité ne sont pas nouveaux. Ils font simplement plus souvent la manchette dans cet univers où l’information circule à toute vitesse grâce à ces mêmes technologies qui diffusent toutes les nouvelles qui méritent de figurer sur une page Web, à la vitesse de l’électron.

La dernière faille informatique qui blesse se retrouve à la une des journaux et la fin de la période de maintenance d’un système d’exploitation devient un topo du journal télévisé. Ceci n’enlève rien à la valeur grandissante des TI dans nos organisations et au caractère essentiel de leur utilisation.

De tels événements ne font que souligner à quel point les technologies sont désormais au cœur des opérations de toutes les organisations et que les informaticiens professionnels doivent être constamment aux aguets pour être prêts à réagir lorsque des situations problématiques se produisent. Il est clair qu’avec une plus grande utilisation des technologies dans les organisations, on risque d’être confrontés plus souvent à des failles de sécurité et des lacunes de toutes sortes. L’actualité en témoigne. Mais nous sommes persuadés que les avantages apportés par les TI dépassent largement les inconvénients de situations comme celle-ci. Et c’est en continuant de rechercher l’excellence en TI que nous contribuons aux meilleures pratiques et au professionnalisme du travail des informaticiens et des gestionnaires des TI.

(Note: ce billet a d’abord été publié sur mon blogue au Réseau Action TI – le 7 mai 2014)