
Faut-il s’empêcher de prendre l’avion pour aller en vacances dans le sud (ou ailleurs) afin de réduire sa contribution au réchauffement de la planète?
Voilà un sujet dont on discute beaucoup ces derniers temps. On parle de l’avion comme d’un plaisir coupable. Certains vont jusqu’à affirmer qu’il ne faut plus prendre l’avion parce que les émissions par kilomètre sont beaucoup plus élevées si on prend l’avion.
D’après diverses sources, la contribution du transport aérien aux émissions de GES varie entre 2,2% (selon l’Air Transport Action Group ou ATAG) à 3,2% (selon l’Agence internationale de l’énergie, mieux connue sous son acronyme anglais IEA). Je tire ces données de la page Wikipédia sur l’Impact climatique du transport aérien où vous trouverez de multiples détails et infos complémentaires sur ce sujet (et, détail «amusant», sur l’impact des changements climatiques sur le transport aérien, quand on parle de cycle de vie, on tombe ici dans un cycle vicieux!).
Est-ce beaucoup 2–3%? Si je prends l’avion pour partir en vacances, est-ce que je gâche tous mes autres efforts faits à la sueur de mon front pendant toute l’année en évitant les emballages de plastique, en réduisant les produits transformés, en bannissant l’eau en bouteille, en réduisant ma consommation de viande, en recyclant et en compostant, en consommant local, en buvant du lait d’avoine et tout le tralala? Grand débat.
Mon avis personnel sur ça: nos efforts faits dans tous les secteurs comptent. On ne les annule pas si on prend l’avion, tous nos autres efforts continuent de réduire les émissions de GES, d’autant plus qu’on aurait pris des vacances quand même et qu’on n’aurait pas pu aller à Cuba en vélo.
Réduire, ça veut dire réduire
Perso, j’ai tendance à regarder mes activités et tenter de faire ce que je peux pour réduire ma contribution aux changements climatiques. C’est ça mon engagement lié au pacte pour la transition.
Ces dernières années, j’ai pris l’avion pour des vacances à raison d’un vol aller-retour par année. Je vais sauter une année. Je viens de réduire ma contribution de 50% sur mon bilan de transport aérien. C’est énorme.
Je ne suis pas végétarien de religion, mais j’ai réduit de beaucoup ma consommation de viande, de produits laitiers, etc. De 3, 4 ou 5 soupers avec viande par semaine, peut-être plus, c’est plutôt 1 ou 2. C’est important si on regarde l’impact de la production de viande de boeuf (par exemple) sur l’émission de GES: 10 à 40 fois celui des légumes et des céréales, d’après le World Ressource Institution, cité ici. Plus de tofu et de légumes, moins de viande. Impact positif sur les GES. (Sans compter que mon médecin devrait être content parce que mon bilan de cholestérol sera nécessairement meilleur au prochain contrôle!)
J’ai la «chance» d’être intolérant au lactose et bien qu’il y a de plus en plus de produits laitiers sans lactose, j’ai décidé de m’orienter vers les boissons végétales (qu’on ne peut pas appeler du lait, apparemment…) comme la boisson de soya (version spéciale pour le latte) ou d’avoine (pour le reste). Impact sur les GES: positif.
Évidemment, dans notre choix à cet égard il faut faire attention: j’aime bien le goût de la boisson aux amandes, sauf que l’impact écologique de la production des amandes est assez important en Amérique du Nord, les amandes étant surtout produites en Californie et leur production nécessite beaucoup d’eau dans un état qui est confronté avec des enjeux de nappe phréatique. Sur ce sujet, je vous invite à écouter (ou lire la transcription) de l’excellent balado Science Vs qui a fait un épisode sur les «laits» alternatifs en octobre dernier.
Je sais que je devrais faire mes biscuits moi-même à partir des délicieuses recettes léguées par ma grand-mère (en remplaçant le lait de vache par une boisson végétale, par contre!), mais à défaut, si j’achète des biscuits en vrac ou dans des boîtes de carton recyclable à l’épicerie plutôt que des emballages plastiques que je dois jeter à la poubelle pour enfouissement, c’est déjà mieux.
Mon ex-conjointe et moi avons une voiture en «garde partagée» (la voiture suit les enfants). Un bilan qui est nettement meilleur que si on avait décidé d’avoir chacun une voiture en se séparant. Cette voiture a cinq ans, très peu de kilomètres au compteur, elle est bonne pour encore plusieurs années, ce qui amortit d’autant l’impact environnemental de sa fabrication. C’est dommage, elle n’est ni hybride ni électrique, mais la remplacer immédiatement par une nouvelle voiture, plus écolo à l’usage, causerait un impact probablement plus grand lié à la fabrication dudit nouveau véhicule. Et quand je n’ai pas le véhicule partagé, j’utilise Communauto et je choisis des petites hybrides. Impact positif.
Modérons nos transports
Ce qui nous ramène aux transports. En fait, au Québec, ce sont effectivement les transports qui contribuent le plus aux émissions de GES, à hauteur de 43% en 2016, suivi par l’industrie à 30,1%.
Et au chapitre des transports, c’est le transport routier qui est le grand coupable.
À lui seul, le transport routier, qui comprend le transport par motocyclette, automobile, camion léger et véhicule lourd, a rejeté 27,0 Mt éq. CO2 dans l’atmosphère en 2016, soit 80,1 % des émissions provenant des transports.
Ces chiffres proviennent de l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2016 et leur évolution depuis 1990, publié par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec en 2018.
Dans le segment du transport routier, ce sont les automobiles et les camions légers (ce qui comprend les VUS, les fourgonnettes et les camionnettes) qui contribuent pour près des 2/3 du segment.

(Pour ceux que ça intéresse, le transport aérien représente 0,9% de l’ensemble des émissions en 2016 au Québec.)
S’asseoir sur nos lauriers?
Donc, ce n’est pas grave si je prends l’avion? Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je ne crois pas c’est la fin du monde si on prend l’avion à l’occasion. Et que ça «annule» tous nos autres efforts. Par contre, il faut peut-être faire attention à ne pas augmenter nos déplacements en avion, voire essayer de les réduire. Et se poser la question de savoir si tous nos rendez-vous d’affaires à l’autre bout du pays ou de la planète doivent absolument se faire en personne ou si on ne peut pas remplacer certains de ces déplacements par des visioconférences. Si on peut gagner quelque chose ici, faisons-le.
Tous les efforts comptent, aussi petits soient-ils. Surtout, chaque geste qu’on pose est une prise de conscience, une réflexion sur nos habitudes de consommation. Ils donnent l’exemple à nos enfants, à nos amis, à nos collègues. Ils permettent de s’imprégner des réflexes de développement durable que nous transporterons ensuite dans nos milieux de travail et dans la planification de nos projets. C’est une forme de réverbération des efforts personnels, un espèce d’effet viral. Si le fait de manger du tofu (par conviction environnementale) me fait aussi penser à acheter des camionnettes hybrides au moment de remplacer la flotte de transport à l’usine, on a gagné quelque chose, on a gagné beaucoup.
Et si on veut concentrer nos énergies sur quelque chose à l’échelle macro, les transports routiers, mais aussi les procédés industriels, sont certainement des endroits où mettre en place des politiques qui donneront des résultats majeurs, à terme. Des stratégies qui visent à développer les transports en commun (on voit déjà qu’ils ne suffisent pas à la demande, à Montréal par exemple) et à développer des procédés industriels moins gourmands en ressources énergétiques à base de combustibles fossiles devraient faire partie de nos visions à court, à moyen et à long terme.
Pensez-y en buvant votre prochain soy latte. 🙂