Françoise et moi avons réuni pour vous quelques anecdotes, des petits gestes dont on se souvient de Pauline et qui révèlent sa personnalité. Elle était active, généreuse et parfois audacieuse. On évoque ici une autre époque, i.e. celle des années 50 et 60.
Je ne peux pas parler de l’enfance de Pauline, c’est Luc ou Aline qui auraient pu le faire. Pauline avait 5 ans lorsque Françoise est née et 13 ans quand moi j’ai pointé le nez. Il faut savoir qu’à la maison sur la rue Bellevue, il y avait nos parents, les 5 cinq enfants, plus Grand-papa Vallières et tante Marguerite habitaient aussi chez nous. Ça faisait une bonne maisonnée!
Dans mon enfance, et Françoise dit de même, Pauline a été une personne importante. Nos parents étaient très actifs dans la paroisse et Pauline avait la responsabilité de distribuer le feuillet paroissial tout en prenant soin de ses petites sœurs. Dans la façon dont elle racontait m’avoir promenée en carrosse pendant cette distribution du samedi matin, on détectait que cela ne l’amusait pas vraiment. Dans ce même contexte paroissial, elle participait à l’organisation et au service des réceptions de thé, chez nous et chez des voisines, quand maman réunissait et recrutait pour les Dames de Ste-Anne, un regroupement communautaire des femmes de ce temps-là.
J’ai grandi et Pauline m’a donné ma première bicyclette et elle m’a montré comment la conduire. Elle avait fait ça aussi pour Françoise. Elle nous a appris à patiner. Comme elle était la gardienne des enfants du voisinage, souvent, elle amenait tout le monde à la patinoire derrière l’église. Et je l’admirais parce qu’elle savait patiner à reculons et faire des pirouettes. Très jeune, Pauline savait prendre soin et s’occuper des enfants et se montrer généreuse, aidante. Ça a été un trait marquant de toute sa vie. En fait, maman comptait sur Pauline.
À la patinoire, les jeunes de 18 -20 ans patinaient en tandem. Pauline était en demande! Un prétendant avait trouvé son cœur, mais, par malheur, l’a aussi brisé quand il est mort dans un accident de voiture. La tristesse est toujours restée en elle par ce projet de vie qu’ils n’ont pas concrétisé ensemble. Sa famille était italienne et Pauline a gardé un penchant pour l’Italie. D’ailleurs, c’est elle qui a introduit chez nous la sauce à spaghetti.
Pauline était active, elle avait besoin de bouger. Avec Luc et plus tard avec Françoise, elle faisait du ski dans le cap derrière l’École de chimie, boul. de l’Entente et à l’est de la rue Myrand. Ce n’était pas des vraies pistes de ski, c’était sauvage et abrupt. C’était audacieux. Mais elle était faite forte, comme on disait. Et elle parlait fort aussi, et beaucoup. On raconte dans la famille que c’était un peu trop fort au goût de papa qui lui disait de baisser le ton. Souvent, même les discussions entre Luc, Aline et Pauline faisaient des flammèches et papa devait intervenir pour calmer la situation. Elle prenait de la place, elle avait besoin de bouger, de faire des choses. On ne peut pas l’imaginer faire la grasse matinée.
Une façon d’utiliser cette énergie et d’aider à la maison, Pauline coupait la pelouse et pelletait la neige. Et cela lui a permis d’avoir le droit de conduire la voiture – une permission que Luc n’avait pas. Elle en était fière parce que cela signifiait que papa lui faisait confiance. Avec les clés venait une obligation, celle de mener maman faire ses commissions et des visites. Une sortie traditionnelle était à St-Romuald chez les demoiselles Deblois pour acheter des chapeaux, car, selon la mode de l’époque, il fallait en changer au moins deux fois par année.
À St-Romuald, vivaient plusieurs cousins et cousines de maman. En 1956-57, la cousine Albertine a perdu son mari et se trouvait elle-même très malade. Elle s’est assurée que ses 3 enfants aient un endroit pour habiter. La plus jeune, Suzanne, à 5 ans, est alors venue rester chez nous sous la garde de maman. Pauline en a pris charge et s’est occupée d’elle.
Pauline a étudié au couvent de Bellevue, en anglais, elle a fait le cours de secrétariat au Québec High School au coin du boul. St-Cyrille et Belvédère. Puis, très jeune, elle a commencé à travailler. Son premier emploi était à l’Université Laval à l’École des sciences, à côté de l’École de chimie, pour le doyen Andrien Pouliot, homme très impliqué dans la communauté, reconnu pour n’être pas facile à suivre et à contenter.
Dans ce temps-là, tout le monde revenaient dîner à la maison. Et Pauline avait pris l’habitude de téléphoner à maman, tous les jours vers 11h30 et demandait : Maa c’qu’on mange pour dîner? Maman lui disait et comme elle aimait manger, ça devait la faire saliver déjà. Jusqu’au jour où maman plus occupée ou préoccupée, a répondu à Ma c’qu’on mange pour dîner? de la m… et a accroché le téléphone. Pour ceux qui ont connu maman, une telle réponse ne lui ressemblait pas du tout. Pauline a bien sûr compris le message. N’empêche que sa relation avec maman était excellente. Elles étaient complices. Entre autres, elles aiment faire des sucreries ensemble, des bonbons, de la tire butterscotch, du soda toffee, du fudge. Pauline était une bonne cuisinière, elle savait tout faire.
Elle a laissé son emploi à l’Université Laval et cherché un meilleur salaire. Elle a alors travaillé chez Crane, équipement de salle de bain, où elle a été appréciée, car elle était bilingue et excellente sténographe. Étant donné que l’entreprise était située dans la basse ville de Québec, au quartier St-Roch, Pauline ne venait plus dîner à la maison. Par contre, elle pouvait prendre le temps de magasiner dans les grandes surfaces de l’époque, qu’on appelait des magasins à rayons, sur la rue St-Joseph ou le boul. Charest.
J’avais à peu près 9 – 10 ans dans ces années-là et je ne me souviens pas avoir eu des idoles comme on dirait Taylor Swift aujourd’hui. On venait tout juste d’avoir la télévision à la maison – gros événement. Je ne m’identifiais pas aux chanteuses de l’époque. Par contre, j’avais une grande sœur que je regardais avec envie pour les vêtements qu’elle s’achetait et parce qu’elle jouait très bien du piano. J’admirais comment elle jouait des études de Chopin très difficiles et elle le faisait avec énergie. Ma tante Marguerite les jouait de façon plus réservée. D’ailleurs elles jouaient les duos ensemble.
Pauline suivait le palmarès de chansons des groupes anglais, le « hit parade » elle jouait de la musique populaire, elle avait des disques. J’étais une fan! Non seulement elle avait pris soin de moi, petite, mais elle devenait mon idole.
Puis il y avait les amis, les Gosselin, les Côté, elle sortait avec les étudiants de l’Université qui se rencontraient chez Émile à St-Sacrement. Pis elle dansait et faisait des partys dans la cave. Je contemplais toutes ses toilettes, ses robes, surtout ses grandes jupes circulaires qu’on voit aux danseuses de rock-and-roll. Elle avait une jupe avec des notes de musique, une boule dont je me souviens très bien rayée en bandes diagonales turquoise et noires. Faut savoir que le turquoise a été sa couleur de prédilection toute sa vie.
Un beau jour, je suis allée zyeuter dans sa garde-robe et j’ai trouvé des souliers à bouts très pointus, à talons hauts et fins, de couleur bleue. J’étais fascinée. Des souliers pour danser quoi! Irait-elle à un bal? Car elle aimait danser et elle dansait bien. C’est comme ça qu’elle a rencontré Gaby, Gabriel Martin. En 1958, ils se sont mariés. Audacieuse, elle n’était pas en blanc, mais en bleu.
L’idée qu’elle était audacieuse doit être comprise dans le contexte des valeurs traditionnelles de la famille où certains comportements étaient attendus des filles du Dr Bois et la réputation comptait. La musique rock-and-roll et Elvis Presley, par exemple, ça dérangeait. Pauline a introduit à la maison le port des pantalons et des jeans pour les filles. On ne portait que des robes ou des jupes, avant. En fait, elle adoptait les nouveautés de l’époque, mais qui étaient un peu dérangeantes chez nous. Elle avait le tour de les amener dans la famille.
Avec Gaby, ils se sont installés à Gaspé puis l’année suivante à Rivière-du-Loup, où Patrice-Guy est né. Ensuite ils ont eu plusieurs logements à Montréal dont certains proches de chez Aline, qui travaillait de nuit comme infirmière et dormait le jour. Jacques travaillait de jour aussi. Alors Pauline prenait soin de Michel.
Finalement, la petite famille a acheté la maison sur la rue Soissons à Longueuil. Gaby voyageait beaucoup pour son travail aux Caisses. Pauline gérait la maison et les enfants, elle n’était pas exigeante. Les vacances se passaient au chalet à Garthby. On allait parfois à Plattsburgh pour la plage. Chose certaine, Françoise et moi visitions souvent à cette adresse. Lyse est née là, au mois de juin 67, l’année de l’Expo. Pauline n’a jamais refusé de visiteurs. Parmi la famille, Paul Grégoire y était souvent aussi et lorsqu’il s’est séparé, il lui a confié sa fille Nathalie, de 2 ou 3 ans, qui a passé plusieurs mois sous les bons soins de Pauline. Vous comprenez qu’elle s’est occupée de bien des enfants.
C’est ainsi que moi j’ai appris comment prendre soin des enfants et à cuisiner. Maman m’en avait montré un peu, ma tante Marguerite aussi et Pauline encore plus. Pour moi, Pauline fait partie du trio maternel présent pendant mon enfance et mon adolescence.
Voilà le morceau de vie de Pauline que j’ai connue. Ce sont des anecdotes, mais qui révèlent son élan à prendre soin des autres en toute simplicité. Pauline a été généreuse et aimante pour bien des gens. L’énergie qu’elle avait tout au long de sa vie active a diminué tout doucement après le décès de Vince, mais sa détermination tranquille, sa constance, son gros bon sens, qui alliaient la tradition et le présent, restent dans nos mémoires de petites sœurs, Françoise et moi.
Je n’ai pas hérité de sa bonté, mais Patrice-Guy l’a dans son ADN et je suis en admiration constante pour sa patience et le temps qu’il a donné pour sa maman, qui était redevenue une enfant, depuis au moins vingt ans.
Marthe Bois
9 août 2025